L’art de la communication efficace
Cet article s’inscrit dans la collection « PRATIQUE EXEMPLAIRE ».
Par William Thériault, journaliste.
Les deux personnes consultées abondent dans le même sens : en communication, l’auditoire est la clé. Pour transmettre un message intelligible, convaincant et que le public retiendra, il faut considérer le type de personne qui se tient devant soi et les émotions qu’on souhaite véhiculer.
« On se prépare, on répète notre contenu, mais on passe zéro minute à réfléchir à l’auditoire, lance Gaëtan Namouric, fondateur de la firme Perrier Jablonski et chargé de cours à HEC Montréal. Est-ce que ce sont des techniciens, des financiers, des gens de relations gouvernementales ? Il existe plein d’influences et de composantes qui vont faire qu’il y a plusieurs chemins différents pour atteindre ces gens. »
« Si je suis capable de répondre en une ou deux phrases aux trois questions suivantes : qu’est-ce que mon public sait déjà du sujet, qu’est-ce que je veux qu’il apprenne et qu’est-ce que je veux qu’il retienne? Alors j’ai en main la clé maîtresse d’une présentation réussie. »
LOUISE LACHAPELLE, CHARGÉE DE COURS À LA FACULTÉ DE GÉNIE DE L’UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE ET AUTRICE DU LIVRE PARLER EN PUBLIC POUR VENDRE UNE IDÉE
« Il faut se rappeler que tout message suscite une réaction, un sentiment ou une émotion chez celui ou celle qui l’entend, explique Louise Lachapelle, chargée de cours en communication depuis 25 ans à la Faculté de génie de l’Université de Sherbrooke. Ça peut être de l’enthousiasme, de la motivation, de la déception, ou de la crainte, de l’indifférence. On oublie souvent les répercussions de nos prises de parole, mais on peut s’efforcer de s’attarder au choix des mots pour générer une émotion positive. Les mots jouent un rôle déterminant pour communiquer avec impact. »
Comment bien se préparer ?
- Définissez vos objectifs et votre message clé
Quel est l’objectif de votre présentation ? Quels résultats souhaitez-vous obtenir ? Quel est le message central que vous souhaitez communiquer ? - Mettez-vous à la place de vos auditrices et auditeurs
L’auditoire doit pouvoir s’identifier à vos propos. Qu’attendent les auditrices et les auditeurs de votre part ? Quels sont leurs objectifs ? Comment pouvez-vous les aider ? - Alliez émotions et logique
Assurez-vous d’avoir un fil conducteur solide qui puisse évoquer les émotions, et ensuite, présentez des arguments rationnels. - Abusez des silences
Les pauses facilitent la mémorisation du propos. - Exercez-vous !
Nous transmettons notre message par les mots, mais aussi par la musicalité de notre voix et notre gestuelle. Évitez de lire ou d’apprendre votre communication par cœur, agissez avec naturel ! Entraînez-vous devant un miroir ou en vous filmant pour gagner en assurance.
« Si je conçois une innovation géniale, mais que je ne peux pas amener les gens à me suivre, elle ne sert à rien. Heureusement, exposer simplement une idée ou un message n’est pas un don, c’est une compétence qui peut se développer. »
GAËTAN NAMOURIC, FONDATEUR DE LA FIRME PERRIER JABLONSKI ET CHARGÉ DE COURS À HEC MONTRÉAL
Pour capter l’attention et séduire l’auditoire dès les premières secondes, ayez un déclencheur. Posez une question, citez un expert, montrez une image, mentionnez des données probantes qui vont étonner, ou racontez une histoire. Le but : que chaque personne qui vous écoute se sente concernée par votre sujet.
Quant à l’organisation du message, Louise Lachapelle recommande d’ordonner votre propos autour de trois grandes idées, auxquelles se greffent des points secondaires et des exemples. Les ingénieures et les ingénieurs auront du succès en créant un lien entre leur sujet, souvent pointu et technique, et quelque chose de familier pour le public. La répétition d’une idée centrale est aussi un excellent procédé pour la mémorisation.
« Si je suis capable de répondre en une ou deux phrases aux trois questions suivantes : qu’est-ce que mon public sait déjà du sujet, qu’est-ce que je veux qu’il apprenne et qu’est-ce que je veux qu’il retienne? Alors j’ai en main la clé maîtresse d’une présentation réussie », précise Louise Lachapelle.
Il peut également être fort utile de parler à « échelle 1-1 ou à regard d’homme », indique pour sa part Gaëtan Namouric. « Vous avez un pont à construire ou à refaire ? Il est essentiel de sensibiliser le public à l’importance de ce pont, même si les personnes à qui vous vous adressez ne l’utiliseront jamais. En employant un récit humain, vous pouvez aider à faire comprendre les avantages qu’il apportera à la société, ce qui est souvent un aspect crucial en ingénierie. »
Gaëtan Namouric poursuit : « On doit faire décoller l’avion, faire rêver notre interlocuteur, susciter son intérêt pour un problème et les solutions que l’on propose. Ça, c’est l’aspect émotif. Et avec des arguments rationnels, on le fait atterrir ! »
Le piège de l’expertise
Les ingénieures et les ingénieurs ont l’habitude de résoudre des problèmes complexes et détiennent de vastes connaissances. Toutefois, il peut être ardu de simplifier ou de vulgariser clairement certains concepts. Pour les deux spécialistes, l’expertise peut devenir un piège, un frein ou un fardeau, et créer un écart avec les auditrices et les auditeurs. On peut en effet être tenté de montrer qu’on détient un savoir que les autres n’ont pas. Cela peut fonctionner entre pairs, lors d’un colloque spécialisé par exemple, mais devant des personnes qui ne font pas partie de ce cercle, ce procédé devient contre-productif.
Selon Louise Lachapelle, « utiliser un jargon technique devant un public non initié » est un piège qui nuit à la clarté du message. « En face des ingénieurs, les gens doivent donner une approbation sur quelque chose qu’ils ne connaissent pas toujours, renchérit Gaëtan Namouric. Et c’est à la personne qui présente de faire l’effort pour qu’ils comprennent. Si je conçois une innovation géniale, mais que je ne peux pas amener les gens à me suivre, elle ne sert à rien. Heureusement, exposer simplement une idée ou un message n’est pas un don, c’est une compétence qui peut se développer. »
Comment présenter une idée de manière efficace sans utiliser un langage trop technique ? Après avoir étudié plus d’une centaine de conférences TED, Gaëtan Namouric répond que les meilleurs pitchs contiennent toujours ces quatre mêmes éléments :
- L’intention de transformer le monde de manière positive;
- La conviction de réussir;
- Une crédibilité appuyée de données probantes, d’expériences et de diplômes;
- Un crédo simple et répété.
Une bonne présentation intégrera ces éléments de sorte que la conférencière ou le conférencier ne donne pas l’impression d’être en train de vendre quelque chose, mais plutôt d’engager l’auditoire dans une initiative captivante et intéressante.
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