Ancrages à béton : ne vous improvisez pas expert !
Cet article s’inscrit dans la collection « PRATIQUE EXEMPLAIRE ».
Gabrielle Anctil, journaliste.
Il y a quelques années, l’ingénieure Saida Bouhmidi, directrice des services techniques à Hilti Canada, a été appelée d’urgence sur un chantier où un ancrage à béton venait de céder, laissant tomber une lourde charge sur un travailleur. « Le travailleur a perdu une jambe », se rappelle-t-elle avec tristesse.
Le problème derrière ce grave incident : l’entrepreneur avait négligé les spécifications techniques précisées aux plans et devis. « Il a installé un ancrage moins cher sans consulter l’ingénieur qui avait préparé les plans et devis », soupire-t-elle. « C’était même un ancrage réutilisé! » En réalité, le problème était clair : une insouciance dans le choix de l’ancrage.
De fait, un mauvais choix d’ancrage peut avoir d’importantes conséquences : en voici quelques exemples.
- Sécurité du public : un ancrage défaillant peut provoquer l’effondrement d’une structure et compromettre la sécurité du public.
- Durabilité de l’ouvrage : des ancrages mal adaptés peuvent se corroder prématurément ou se détériorer sous des charges répétées.
- Coûts de réparation : les interventions correctives sont souvent coûteuses et complexes, surtout lorsqu’elles portent sur des ouvrages déjà en service.
Critères à respecter
La conception et l’installation d’ancrages à béton sont encadrées par la norme canadienne CSA23.3. En plus de couvrir la conception du produit, qui doit respecter un processus strict de contrôle de la qualité comprenant des essais avant la mise en marché, cette norme précise que divers éléments doivent être pris en compte au moment de choisir l’ancrage pour la réalisation d’un projet. Par exemple, un ancrage adhésif peut supporter des charges élevées à condition de respecter le temps de durcissement. À l’inverse, un ancrage mécanique permet une mise en charge immédiate après sa pose. Notons que de nouveaux ancrages, qui combinent les caractéristiques des deux premiers, sont récemment apparus sur le marché.
Lors du choix d’un ancrage, il est donc nécessaire de prendre en compte de nombreux éléments, dont :
- le type de charge (ex. : statique, dynamique, sismique);
- la nature du béton (ex. : résistance, fissuration);
- la proximité des bords et des autres ancrages;
- les conditions environnementales (humidité, corrosion, ouvrages existants);
- les conditions du chantier;
- les modes de rupture possibles (cisaillement, rupture du béton, rupture de la tige d’acier, rupture de l’adhérence du matériau de scellement).
« Il faut penser à l’espacement entre les ancrages, à l’épaisseur du béton, aux températures auxquelles ils seront exposés », ajoute l’ingénieur Nabil Boubakri, gestionnaire de projet à Hilti. Il rappelle que la position de l’ancrage peut affecter sa résistance : « Généralement, un ancrage installé au sol est moins fréquemment sollicité qu’un ancrage installé au plafond. »
« On ne peut pas s’improviser expert », résume Saida Bouhmidi.
Vérifier deux fois plutôt qu’une
Pour aider les ingénieures et ingénieurs, les fournisseurs d’ancrages offrent divers outils et services, tels que des logiciels maintenus à jour en fonction de l’évolution des normes. Nabil Boubakri encourage aussi les ingénieures et ingénieurs à communiquer avec les fournisseurs, puisque ces derniers possèdent une connaissance approfondie de leurs produits.
Des formations sont aussi offertes pour assurer un maintien à jour des compétences. « Que ce soit pour mieux comprendre les différents types d’ancrages et leurs critères de sélection, les changements réglementaires ou le fonctionnement d’un logiciel de conception, la formation est un impératif », rappelle Christian Renault, ingénieur et conseiller senior à la surveillance de l’exercice à l’Ordre des ingénieurs du Québec.
Mais un concept, aussi sécuritaire soit-il, dépend aussi de la façon dont il est interprété et appliqué sur le chantier. Même si le produit choisi est adéquat, une installation incorrecte peut entraîner sa non-conformité. Il est donc essentiel que les entrepreneurs installent les ancrages sur le chantier conformément aux instructions du fabricant et à celles des plans et devis du concepteur. De plus, une surveillance des travaux par une ingénieure ou un ingénieur peut prévenir des non-conformités et améliorer leur qualité.
Bien choisir et bien installer les ancrages permet de réaliser des ouvrages sécuritaires et pérennes.
