Des parcs pour éponger les eaux de pluie
Une pluie torrentielle s’abat sur la ville et l’eau ruisselle dans les rues vers les bouches d’égout, qui, déjà, débordent. Les descentes de garage et les sous-sols sont inondés. En cause : les égouts, conçus au siècle dernier, ne suffisent pas à gérer les volumes actuels de ruissellement de surface. Or, aujourd’hui, la multiplication des épisodes de fortes pluies augmente les risques d’inondation. Les villes se tournent vers une solution innovante : les parcs éponges, qui absorbent et retiennent l’excédent d’eau, le temps que les égouts se désengorgent. « On peut faire un parallèle avec la pandémie de COVID-19, durant laquelle on tentait “d’aplanir la courbe” pour soulager le système de santé. En d’autres mots, la capacité des égouts étant limitée, ceux-ci ne peuvent pas recevoir de grandes quantités d’eau.
On soulage donc le réseau en retenant temporairement les eaux de ruissellement pour les relâcher graduellement » explique Jean-Luc Martel, ing., professeur au Département de génie de la construction de l’ÉTS. Les parcs éponges agissent donc comme des bassins de rétention, mais ils sont aménagés dans des parcs existants qui, le temps d’une pluie torrentielle, perdent leur vocation récréative pour accueillir l’eau.
La capacité des égouts étant limitée, ceux-ci ne peuvent pas recevoir de grandes quantités d’eau. On soulage donc le réseau en retenant temporairement les eaux de ruissellement pour les relâcher graduellement.
Le génie à l’œuvre
La conception des parcs éponges relève du génie civil, mais requiert une expertise en hydraulique et en géotechnique pour comprendre le cheminement de l’eau à travers la ville et son infiltration dans différents types de sols. « Le gazon absorbe de l’eau, l’asphalte, », explique Francis Laurin, ingénieur au Service de l’ingénierie, Division de la conception de projets, à la Ville de Laval. Même sous le gazon, un sol sablonneux absorbe davantage l’eau qu’un sol argileux. En fonction de la nature du sol et des précipitations, des modèles permettent de simuler les écoulements de surface et ceux dans les égouts pour envisager comment transformer un parc existant en parc éponge.
Il s’agit d’abord d’identifier les parcs susceptibles d’accueillir le trop-plein dans les secteurs vulnérables aux inondations. Autrement dit, « quand on fait un parc éponge, ce n’est pas pour absorber l’eau du parc, mais pour absorber l’eau des rues qui se déverse dans le parc », précise Francis Laurin. Les travaux d’aménagement porteront donc autant sur les rues attenantes que sur le parc.
Le fonctionnement d’un parc éponge

Le plan concept du parc Pierre-Dansereau
- Rues attenantes aménagées pour diriger l’eau vers le parc (profil de la rue, pas de bouche d’égout, mini-dos-d’âne)
- Les trottoirs riverains du parc : drainage de la rue vers le parc
- Dans le parc, un espace en contrebas est aménagé pour retenir l’eau. Peut être minéral ou végétalisé (biorétention).
- L’espace de biorétention retient les eaux de ruissellement lors des épisodes de pluies fréquentes ou intenses. En cas de pluie exceptionnelle, l’eau déborde vers d’autres secteurs du parc.
- Le parc éponge peut être relié ou non aux égouts. S’il est relié aux égouts, un régulateur de débit refoule l’eau vers le parc tant que les égouts n’ont pas la capacité de recevoir l’eau.

Trois exemples montréalais
Dans l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville, la rue Sackville se prolonge vers le parc Prieur, puis en longe le pourtour. Son profil a été modifié afin de canaliser l’eau vers le parc. Les puisards ont été supprimés et un canal central recueille l’eau pour l’acheminer dans la partie haute du parc, où elle est retenue. Sur le tronçon de la rue qui longe le parc, des mini-dos-d’âne et le dévers de la chaussée dirigent l’eau vers le trottoir, puis vers le parc. Dans le parc, une butte de terre retient l’eau, ce qui empêche du même coup d’inonder le jardin communautaire. « C’est une intervention à faible coût dans un parc existant, ce qui a permis de faire passer la capacité de rétention d’environ 25 m³ à plus de 300 m³ », résume Jean-Luc Martel.
À l’opposé, dans l’arrondissement d’Outremont, le parc Pierre-Dansereau a fait l’objet d’une réfection complète. Les eaux de ruissellement sont dirigées vers un jardin de pluie conçu pour des précipitations de récurrence de deux ans. Lors d’épisodes plus intenses, le jardin déborde vers les autres parties du parc ; un régulateur de débit, installé à la sortie du parc, contrôle l’écoulement vers l’égout.
Dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, la place des Fleurs-de-Macadam propose un autre concept en gérant les eaux de pluie in situ sans recours au système d’égout. Au centre, une cuvette recueille et retient les eaux de pluie avant de les acheminer vers les jardins de pluie en bordure du parc où se déversent aussi les eaux de ruissellement des rues adjacentes.
Quand on fait un parc éponge, ce n’est pas pour absorber l’eau du parc, mais pour absorber l’eau des rues qui se déverse dans le parc.
D’autres types d’éponge
Comme il n’est pas possible d’aménager des parcs éponges partout, les Villes doivent recourir à d’autres infrastructures qui tiennent lieu d’éponges. Mini-parcs éponges et saillies de trottoir végétalisées peuvent retenir l’eau de ruissellement de la rue. « Les avancées de trottoirs aménagées pour sécuriser les rues sont analysées pour voir si la fonction de gestion des eaux peut y être intégrée » indique Hugo Bourgoin, relationniste à la Ville de Montréal.
À Laval, la rue Leclair, en cuvette et non asphaltée, se transformait en marre lors de chaque épisode de pluie. Comme il n’était pas possible de la raccorder au réseau d’égout, la Ville a opté pour la couvrir d’asphalte poreux pour en faire une rue éponge. Le principe consiste à jouer sur la granulométrie des matériaux de la fondation et de l’asphalte pour créer des interstices et laisser passer l’eau, tout en assurant la résistance nécessaire à la circulation des véhicules lourds. « Il y avait des calculs à faire pour déterminer la bonne grosseur de pierre et s’assurer que la chaussée pouvait absorber toute l’eau en 48 heures », précise Francis Laurin, concepteur principal du projet. Il explique aussi que la rue devrait bien supporter les cycles de gel et de dégel, car les interstices permettent à l’eau de se dilater lors du gel. Le défi est plutôt d’éviter que les pores ne se bouchent, auquel cas un camion devra venir aspirer les particules susceptibles d’obstruer l’asphalte.
Ailleurs au Québec, des stationnements se parent de pavés alvéolés, des rues se bordent de noues végétalisées et toutes ces infrastructures éponges réduisent la fréquence des inondations, tout comme les îlots de chaleur, en plus d’embellir la ville et d’améliorer la sécurité des piétons.
Montréal se fait éponge
La ville de Montréal compte 25 parcs éponges réalisés, 6 en chantier et quelques centaines de saillies de trottoirs et noues éponges. En date de septembre 2025, le plus grand parc éponge de Montréal est le parc Pierre-Bédard, dont la capacité de rétention est de 4000 m³ d’eau.

Les déclinaisons du parc éponge
Quelques exemples parmi beaucoup d’autres de la diversité des infrastructures éponges
Rue éponge : rue Leclair, à Laval
Planchodrome éponge : parc Raymond-Préfontaine, à Montréal
Cours d’école éponge : école Harfang-des-neiges à Stoneham-et-Tewkesbury
Trottoirs et noues végétalisés : rue Saint-André, à Granby
Stationnement éponge : stationnement de la MRC Brome-Missisquoi, à Cowansville
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