8 September 2026

Jean Habimana, ing : Une carrière au cœur des tunnels

Jean Habimana, ingénieur en génie civil et directeur mondial, Tunnels, chez Hatch, se consacre depuis plus de 30 ans à la conception et à la réalisation d’ouvrages souterrains d’envergure aux quatre coins du monde. Ingénieur reconnu dans ce domaine, il est finaliste du Grand Prix d’excellence de l’Ordre des ingénieurs du Québec, l’une des plus hautes distinctions décernées par l’Ordre.

Par : Laetitia Arnaud-Sicari, journaliste

Jean Habimana travaille chez Hatch depuis plus de 13 ans. Au Québec, il a contribué notamment à la planification et à la réalisation du Réseau express métropolitain (REM) et à la réhabilitation majeure du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, dans l’est de Montréal.

Expérience mémorable

Une de ses « meilleures » réalisations remonte à l’époque où il travaillait comme jeune ingénieur à Los Angeles. « J’ai pu contribuer à changer le critère de conception parasismique d’une des stations de métro de Los Angeles. Quand j’y pense, ça me donne encore des frissons. »

À cette époque, il doit faire un exposé devant le comité d’experts de l’agence de métro de Los Angeles, dont le rôle est d’approuver les critères de conception du métro. « Le critère en place était très conservateur. Les hypothèses suivies n’étaient pas réalistes, car elles ne tenaient pas compte des interactions sol-structure. » À l’aide de modélisations numériques, Jean Habimana démontre que la rigidité des structures souterraines limitait, dans certains cas particuliers, les mouvements de sol transitoires lors des tremblements de terre.

« Puis, quand il y a eu ce changement, je n’arrivais pas à dormir. C’était comme si j’avais gagné une médaille d’or », raconte l’ingénieur. Cette expérience unique l’aide aujourd’hui à défier le statu quo. « Ces experts, qui étaient de la génération de mes parents, m’ont intégré, m’ont conseillé. Cette expérience m’a énormément changé. Ça m’a marqué de voir leur collaboration : ils ont pris le temps de se poser des questions, de se vérifier mutuellement, et de prendre des décisions appropriées, dans le respect de chacun », se souvient l’ingénieur.

Ça m’a fait réaliser que ce n’était pas un effort personnel, mais collectif. Cette vision de collaboration, j’essaie de l’appliquer, même si c’est parfois difficile en raison de l’ego. Il faut aussi regarder la contribution des jeunes et être patient avec eux.
Jean Habimana, ing., ingénieur en génie civil et directeur mondial, tunnels, chez Hatch

En Ontario, il a travaillé comme ingénieur en chef du projet Eglinton Crosstown, après avoir participé au prolongement de la ligne Spadina, qui comprenait la construction d’une station souterraine à l’Université York et de tunnels sous des bâtiments « sensibles » du campus.

« C’est quelque chose d’assez glorifiant, quand tu visites une ville, de circuler dans un métro duquel tu as contribué à la construction », confie-t-il.

Des tunnels aux barrages

Dans sa jeunesse, Jean Habimana avait envisagé de faire des études de médecine, et même de devenir pilote. « Au secondaire, j’étais très fort en maths et en physique, se souvient-il. À cette époque, la profession d’ingénieur était assez vague. Je croyais que ça impliquait principalement la construction de bâtiments », raconte-t-il.

Il entreprend tout de même des études en génie civil à l’École polytechnique fédérale de Lausanne, en Suisse. « Je n’avais pas encore les tunnels en tête. À ce moment-là, les barrages m’intéressaient énormément en raison de leur complexité », poursuit-il. Avec le temps, Jean Habimana pense que l’ingénierie est « la meilleure route » pour lui. « Il faut faire preuve de créativité, travailler durant des situations imparfaites, trouver des solutions optimales en tenant compte de plusieurs contraintes, tout en collaborant avec d’autres personnes : c’est pour ça que j’ai choisi l’ingénierie. »

Lors de sa deuxième année à l’université, le futur ingénieur a l’occasion de visiter son premier chantier de tunnel, celui du Grauholz, en Suisse. « Ça m’a fasciné de voir une machine en train de creuser dans des conditions si difficiles ! Les conditions de terrain étaient instables. D’un mètre à un autre, on ne savait pas ce qui s’en venait. J’ai vu aussi tous les produits chimiques qui étaient appliqués pour assurer la stabilité des excavations, et qui permettent de réduire les effets nocifs sur la santé et la sécurité des travailleuses et des travailleurs. Il y a tellement de choses qui entrent en jeu pour faire un tunnel. C’est fascinant. »

Un autre événement viendra confirmer son intérêt pour les tunnels, alors qu’il réalise son projet de diplôme, pendant six mois à temps plein, projet qui constitue une étape déterminante en Suisse pour décrocher son diplôme universitaire. « Mes projets portaient sur les barrages hydroélectriques de Paute et Mazar, en Équateur. Ils étaient conçus par un bureau d’ingénieurs en Suisse. Et c’est là que je me suis rendu compte que les barrages étaient associés à plusieurs tunnels. Mon intérêt pour les tunnels n’a fait qu’augmenter après ça », conclut-il en rigolant.

Son intérêt sera tel qu’il décidera de faire son doctorat sur les tunnels et les instabilités causées par des zones de failles rencontrées dans les Alpes européennes en suivant quatre chantiers, en Suisse et en Italie.

Construction du REM à la station Édouard-Montpetit.
Projet de réhabilitation majeure du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine.
Aménagement de la nouvelle prise d’eau à l’usine Atwater.
Construction du garage d’entreposage des trains Azur de la STM à la station Côte-Vertu.

Le choix du terrain

À la fin de ses études de doctorat, Jean Habimana quitte la Suisse et s’envole pour San Francisco, aux États-Unis. « J’hésitais entre rester dans le milieu universitaire et aller dans le privé. Donc je suis allé faire un postdoctorat à l’Université Berkeley, où je me suis intéressé à la conception parasismique et à la modélisation numérique. »
Après une année et demie consacrée à la recherche, une occasion de travailler au privé pour l’une des plus grandes firmes d’ingénierie aux États-Unis à l’époque se présente. « J’ai accepté l’offre de Parsons Brinckerhoff, et je ne suis jamais retourné dans le milieu universitaire, même si j’aime bien visiter les universités pour y enseigner et y donner des conférences. La pratique m’a attiré », résume Jean Habimana.

Point de bascule

En 2009, les effets de la crise économique de 2008 se font encore sentir pour Jean Habimana. À l’époque, il travaille sur le projet du Upper Rouge River Tunnel, à Détroit, au Michigan. « La construction avait commencé, puis soudainement, les travaux ont été arrêtés. C’était la première fois que ça m’arrivait. Je venais de déménager avec ma famille… », raconte-t-il.

En parallèle, l’ingénieur représentait l’Université York, à Toronto, dans le cadre du prolongement de la ligne de métro Spadina. Le projet comprenait la construction d’une station souterraine dans l’établissement et des parties de tunnel sous des bâtiments « sensibles » du campus. « Mon mandat consistait à attester et à approuver que les travaux n’allaient pas avoir d’impact sur les bâtiments de l’université.

« Lorsque le projet dans le Michigan s’est arrêté, j’ai appelé un de mes mentors de l’époque où j’étais à San Francisco. Je lui ai dit que j’étais disponible. Puis, un jour, on m’a transféré à Toronto pour travailler sur un autre projet de métro », poursuit l’ingénieur. Il s’agissait du projet d’Eglinton Crosstown, où il travaillera comme ingénieur en chef.

Jean Habimana passe près de deux ans en Ontario. Il avait prévu de retourner aux États-Unis, mais un ami canadien rencontré à San Francisco lui fait une proposition qui changera ses plans. « Nous sommes allés dîner ensemble. Il m’a demandé si je parlais bien français. J’ai dit oui. Il m’a demandé si ça m’intéressait de faire une pratique de tunnel pour Hatch à Montréal. J’ai répondu : “Pourquoi pas ?” Je quittais alors les grands projets aux États-Unis et à Toronto pour le plus petit tunnel que j’ai construit de ma vie », se remémore-t-il. Ce tunnel de service passe sous l’Institut-hôpital neurologique de Montréal de l’Université McGill.

« Il y a une dizaine d’années, alors que j’étais avec mes enfants dans le métro de Los Angeles, je leur ai dit que j’avais travaillé dessus. Ils ne me croyaient pas. J’ai dû sortir des preuves, et là, ils m’ont pris au sérieux », raconte-t-il, amusé.

SON PARCOURS EN QUELQUES DATES

De 1988 à 1999
Il fait des études en génie à l’École polytechnique fédérale de Lausanne, en Suisse.

De 1999 à 2006
Il fait un postdoctorat à l’Université de Californie, à Berkeley, puis travaille sur plusieurs projets, dont celui du métro de Los Angeles au sein de la firme Parsons Brinckerhoff.

Entre 2009 et 2012
Il contribue au prolongement de la ligne Spadina et puis, en tant qu’ingénieur en chef, au projet Eglinton Crosstown, à Toronto.

En 2012
Il arrive au Québec pour constituer un groupe spécialisé en tunnel à Montréal, chez Hatch.

Depuis 2013
Il occupe plusieurs postes chez Hatch, dont celui de directeur mondial, Tunnels depuis 2022. Il a participé à la réalisation de nombreux grands projets au Québec, dont ceux du REM et du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine.

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