Diplôme, stage, CPI : peux-tu utiliser le titre d’ingénieur?

Réponse sans raccourci : pas avant d’avoir obtenu le permis d’exercice et d’être inscrit.e au Tableau de l’Ordre.

Stagiaire, diplômé.e, CPI… donc pas encore ingénieur.e

Tu viens d’obtenir le stage ou le premier poste que tu convoitais. Ton employeur s’apprête à te souhaiter la bienvenue sur LinkedIn au moment où il t’envoie ta signature courriel : « ingénieur.e junior ».

Enfin, les choses se mettent en place!
Hum, pas si vite.

Au Québec, le terme « ingénieur » n’est pas une façon chic de dire qu’on travaille en génie. C’est un titre professionnel réservé aux personnes qui ont obtenu leur permis d’exercice. Et ce permis n’est pas envoyé par la poste en même temps que le diplôme. Ni délivré par le génie des permis après un ou deux projets menés avec brio.

Avant d’utiliser ce titre, remettons les choses en ordre : être stagiaire en génie ou candidat.e à la profession d’ingénieur (CPI), ce n’est pas être ingénieur.e « en version junior ». De plus, le titre « ingénieur junior » n’existe plus depuis plusieurs années

Ce qui pose problème

Le seul fait d’avoir étudié en génie, de travailler sur de gros projets ou d’avoir une bonne expérience d’un domaine du génie ne donne pas le droit d’utiliser le titre d’ingénieur ou l’abréviation « ing. ».

Même logique pour les titres en anglais (ou toute autre langue) : Engineer et Eng. doivent aussi être évités si tu n’as pas le permis.

« Oui mais mon employeur, une entreprise internationale, utilise Data Engineer à l’interne… »

Eh bien, même combat! Au Québec, ce titre peut laisser croire que tu peux exercer comme ingénieur.e.

« Oui mais sur mon diplôme, c’est écrit B. ing. / M. ing. »

Que tu aies un bac, une maîtrise ou même un doctorat en génie (mais pas le permis de l’Ordre!), il vaut mieux éviter l’ambiguïté. Indique plutôt clairement ton diplôme : « baccalauréat en génie mécanique » ou « maîtrise en génie électrique ».

Ce n’est pas une question de prestige ni de susceptibilité professionnelle. C’est une question de clarté : le public, les clients et les employeurs doivent pouvoir savoir qui est autorisé.e à exercer comme ingénieur.e.

Quoi afficher alors?

L’idée est simple : décris ton rôle, ton domaine et ton statut réel.

Si tu es en stage :

  • stagiaire en génie mécanique
  • stagiaire en génie logiciel – équipe données
  • stagiaire en automatisation

Si tu es CPI :

  • CPI en génie mécanique
  • CPI en génie logiciel – équipe données
  • CPI, chargé.e de projet

Si tu veux décrire ton expertise :

  • spécialiste/analyste de données
  • développeuse ou développeur logiciel
  • spécialiste en automatisation

Pourquoi c’est aussi encadré?

Parce que des décisions d’ingénierie peuvent avoir des conséquences très concrètes sur :

  • la protection du public
  • l’environnement
  • la fiabilité des ouvrages, procédés et systèmes

Les enjeux sont de taille. Les stages et ton parcours en tant que CPI te permettent d’acquérir de l’expérience, de parfaire tes connaissances et, dans certains cas, de contribuer à des activités réservées sous la supervision technique directe d’un.e ingénieur.e. Mais ils ne te donnent pas le droit d’utiliser le titre d’ingénieur.

Concrètement, qu’est-ce qui peut arriver?

Si tu affiches engineer ou ingénieur.e dans ton profil LinkedIn, ta signature courriel ou une offre de service sans avoir ton permis, l’Ordre peut intervenir.

Dans bien des cas, la démarche consiste d’abord à corriger la situation : discussion, sensibilisation, échange avec l’employeur, les ressources humaines ou les services juridiques. Mais si la situation persiste, surtout en cas de refus de collaborer ou de récidive, des poursuites peuvent être envisagées. Et là, ça peut devenir beaucoup plus compliqué qu’une simple modif de profil.

Les bons réflexes

Si ton employeur te propose un titre, une signature courriel ou une annonce LinkedIn qui contient « ingénieur.e », « engineer », « ing. » ou « Eng. », prends le temps de vérifier avant de l’utiliser.

Si tu n’as pas encore ton permis, propose plutôt une appellation qui décrit clairement ton rôle, ton domaine et ton statut réel.

Clarifier la situation dès le départ, ce n’est pas faire du zèle administratif. C’est éviter la confusion avec ton employeur, tes clients ou ton réseau, protéger ta crédibilité et démarrer ton parcours professionnel sur des bases solides. Si la discussion revient avec ton employeur, tu peux le diriger vers une fiche de référence qui explique les règles entourant le titre d’ingénieur au Québec.

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