Faites-vous de la géotechnique sans le savoir?
Cet article s’inscrit dans la collection « PRATIQUE EXEMPLAIRE ».
Par Isabelle Sanchez, ing., M. ing., MBA,
Cheffe d’équipe à l’inspection professionnelle
Qu’est-ce que la géotechnique ?
La géotechnique, formée de géo (terre) et de technique, est une science complexe fondée sur les principes de la mécanique des sols et des roches. Elle vise l’étude et la compréhension des phénomènes naturels et des propriétés des matériaux terrestres en vue de réaliser des travaux de construction, que ce soit pour des ouvrages temporaires ou permanents (réf.art. 1, 2 et 3 de la Loi sur les ingénieurs).
Cette discipline suppose la réalisation d’études, la conception, l’inspection, la surveillance et le soutien à l’exploitation. Elle exige de l’ingénieur un jugement éclairé et critique, fondé sur les connaissances théoriques et pratiques, sur les principes de l’ingénierie, ainsi que sur un cadre réglementaire et normatif défini et strict.
Concrètement, les géotechniciennes et géotechniciens :
- préparent des plans et devis de digues et de barrages ou de stabilisation de talus.
- effectuent également des calculs de résistance aux états limites ultimes et aux états limites de services pour des ouvrages comme des ponts, des ponceaux et des bâtiments ;
- réalisent aussi des analyses et des modélisations liées au tassement, à la stabilité de talus, aux ouvrages en terre ainsi qu’aux murs de soutènement ;
- déterminent, au moyen d’études et d’essais en laboratoire et en chantier (in situ), les paramètres et propriétés géotechniques requis pour la conception de conduites souterraines, d’ouvrages d’art, de routes et de bâtiments;
- relèvent des problèmes et des défis techniques (soulèvements de fond, type de fondation, risques de liquéfaction, interaction sol-structure) et orientent la conception en conséquence.
Les ingénieures et ingénieurs géotechniciens ne se contentent pas de produire un rapport : ils interprètent les données du sol pour orienter les décisions de conception, en tenant compte des risques, des incertitudes et des contraintes économiques.
Exercez-vous de la géotechnique sans le savoir ?
Posez-vous ces questions…
- Suis-je en train de pratiquer dans un domaine en lien avec la mécanique des sols et des roches ?
- Suis-je en mesure d’expliquer l’origine et d’interpréter les paramètres géotechniques utilisés dans mes calculs ?
- Ai-je les connaissances nécessaires pour comprendre un phénomène naturel ?
- Suis-je en train de donner un avis technique en géotechnique ? Est-ce que je possède les compétences clés requises pour intervenir dans ce domaine ?
TROP SOUVENT NÉGLIGÉE OU MAL COMPRISE, LA GÉOTECHNIQUE CONSTITUE POURTANT LE FONDEMENT, AU SENS PROPRE COMME AU FIGURÉ, DE TOUT PROJET DE CONSTRUCTION.
Respecter ses compétences et son champ de connaissance
Il est essentiel de respecter ses compétences et les limites de son champ de connaissance. L’article 2.04 du Code de déontologie des ingénieurs est clair à ce sujet : « L’ingénieur ne doit exprimer son avis sur des questions ayant trait à l’ingénierie, que si cet avis est basé sur des connaissances suffisantes et sur d’honnêtes convictions. »
Par ailleurs, avant d’accepter un mandat, il est essentiel que l’ingénieure ou l’ingénieur tienne compte de ses limites, notamment dans ses connaissances et ses aptitudes, et des moyens dont il dispose pour exécuter ledit mandat (art. 3.01.01 du Code de déontologie des ingénieurs).
Le rôle des géotechniciennes et des géotechniciens est justement de vous accompagner. Il est important de les intégrer à chacune des phases du projet pour qu’elles ou ils puissent gérer les risques, tenir compte des particularités du site et proposer des solutions optimales sur les plans techniques et financier. Elles et ils peuvent également effectuer des expertises sur des ouvrages existants, notamment en cas d’affaissement ou de fissuration des fondations, de soulèvement, de basculement, d’instabilité ou encore de dommages à la superstructure.
La réussite d’un projet d’ingénierie repose sur la synergie entre les différentes disciplines. Des projets où les équipes ont travaillé de concert dès le départ montrent des résultats probants : réduction des coûts, délais respectés, performance accrue des ouvrages. Ces exemples doivent être valorisés pour inspirer les bonnes pratiques.
Certains types de réalisation, dont le mode conception-construction, communément nommé design-build », ou encore le mode de projet intégré, que ce soit pour des bâtiments ou des ouvrages d’art démontrent la réussite de la collaboration interdisciplinaire, par des gains en temps ou économiques :
- Le pont de l’Île-aux-Tourtes ;
- L’échangeur Turcot ;
- La modernisation des infrastructures Pierre De Coubertin à Montréal.
En conclusion
Que ce soit pour établir une conception, effectuer une attestation ou un avis, une étude ou une surveillance, préparer des calculs ou des modèles, ou encore faire des vérifications, il est important d’inclure une géotechnicienne ou un géotechnicien dès le début d’un projet. Elle ou il apportera son regard géotechnique sur le projet afin de soulever les risques et les défis, mais également pour assurer son rôle de soutien et de conseils.
Le Guide de pratique professionnelle présente le profil de compétences du géotechnicien ainsi que les spécialités, les secteurs d’activités et les ouvrages du domaine visés par ce profil. En cas de doute, n’hésitez pas à consulter le Guide de pratique professionnelle pour de plus amples informations.
Retrouvez tous les articles dans la revue PLAN d’Automne 2025
