Stéphane Michaud, ing. : du génie militaire à l’humanitaire
Lorsque Stéphane Michaud s’est engagé dans les Forces armées canadiennes, c’était avec l’idée de partir en mission. Il a suivi une formation en génie civil au Collège militaire royal du Canada, à Kingston, car aucune mission n’est déployée sans une unité de génie militaire. Qu’il s’agisse d’opérations de combat, de maintien de la paix ou d’interventions au lendemain de catastrophes, le génie militaire est présent pour construire des routes, des ouvrages défensifs, des hôpitaux de campagne, effectuer du déminage, appuyer la gestion des dépouilles mortelles, installer des équipements pour produire de l’eau potable… « Le génie militaire, c’est un peu le couteau suisse des Forces canadiennes », explique Stéphane Michaud.
Après une première mission de maintien de la paix en Bosnie, où il supervise la destruction de stocks de mines, Stéphane Michaud intègre l’équipe d’intervention en cas de catastrophe. Il est rapidement déployé dans les montagnes du Pakistan, frappées par un séisme, puis en Afghanistan, où il dirige les activités de génie dans la province de Kandahar. Ces missions confirment son intérêt pour la gestion des catastrophes. Profitant du programme de transition de carrière destiné aux militaires, il entreprend une maîtrise en développement international et suit diverses formations en intervention d’urgence.
Le chemin vers la Croix-Rouge canadienne
La fin de son parcours militaire coïncide avec le tremblement de terre en Haïti en 2010. C’est là que Stéphane Michaud intervient une dernière fois pour les Forces canadiennes : il accueille des cadres de la Croix-Rouge canadienne, venue poursuivre le travail de rétablissement. « Mon équipe les avait informés de la situation et des projets en cours. Dans un souci de continuité, les représentants des Affaires étrangères et de l’Agence canadienne de développement international ont appuyé le transfert du mandat de construction à la Croix-Rouge canadienne. J’ai alors choisi de poursuivre l’engagement aux côtés de celle-ci », raconte-t-il. Il dirige ensuite un projet de construction de 7500 maisons semi-permanentes, construites en majeure partie par des membres des communautés locales formés pour l’occasion.
Depuis, il a poursuivi son parcours au sein de la Croix-Rouge canadienne en occupant divers postes au siège de la Croix-Rouge à Ottawa et en participant à des missions sur le terrain, au Mali, au Soudan du Sud, en République du Congo, au Yémen, en Corée du Nord… Il se trouvait en Afrique de l’Ouest pendant l’épidémie d’Ebola pour organiser les centres de traitement. Lorsque la COVID-19 a frappé, il a mis à profit son expérience en gestion de projets de santé pour contribuer à la création d’une réserve civile pancanadienne. « C’était un projet mené avec les provinces, les territoires et le gouvernement fédéral pour mettre sur pied une équipe d’intervention rapide. Elle comprenait des travailleurs de la santé et des experts en gestion de crise. Cette équipe a été déployée aux postes frontaliers, dans des centaines de CHSLD, dans des établissements pénitentiaires, au sein des Premières Nations et en renfort dans des blocs opératoires. C’est un travail d’envergure dont nous sommes fiers. Le modèle a très bien fonctionné et survit de manière adaptée à ce jour », relate-t-il.
Derrière les plans d’intervention, il y a des ingénieures et des ingénieurs. Je pense que ça mérite d’être connu.
À la Croix-Rouge internationale
Au déclenchement de la guerre en Ukraine, Stéphane Michaud est détaché en Pologne, où il doit ouvrir une délégation de la Croix-Rouge internationale et coordonner les efforts du réseau de la Croix-Rouge venue en aide à l’Ukraine et aux millions de personnes déplacées dans les pays voisins. Aujourd’hui, il travaille au siège de la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) à Genève, où il dirige l’équipe de coordination des opérations d’urgence, qui intervient aux quatre coins du monde lors d’inondations, de séismes, de crises sanitaires, d’insécurité alimentaire, de violences ou de conflits.
Concrètement, le bureau national de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge du pays concerné lance un appel à la FICR. L’équipe de Stéphane Michaud coordonne alors un réseau international qui mobilise les fonds, les experts et les unités d’urgence pour soutenir l’intervention. « Il y a quelque temps, nous avions 157 interventions en cours, dont 40 faisant l’objet d’un appel de fonds international, pour une demande globale de 2,1 milliards de francs suisses (environ 3,7 G$ CA) pour assister 80 millions de personnes. », illustre-t-il.
Malheureusement, le financement du secteur humanitaire est en baisse et la FICR, confrontée à un volume de demande sans précédent, manque de moyens pour apporter l’aide nécessaire et doit faire des choix difficiles. Cet hiver, par exemple, un bureau de la région centrafricaine a sollicité un appui financier pour faire face à une situation d’insécurité alimentaire. Stéphane Michaud sait déjà qu’elle ne recevra pas les 9 millions de francs suisses requis pour alléger les souffrances.
Ce travail de coordination ne l’empêche pas de trouver du temps pour enseigner la gestion de projets en contexte humanitaire. À Polytechnique Montréal, à l’Université d’Ottawa, à la Croix-Rouge ou au Collège militaire, il aime démystifier le fonctionnement de ce vaste écosystème. Il tente aussi d’encourager plus d’ingénieures et d’ingénieurs ainsi que de gestionnaires à investir leurs efforts dans ce domaine : « L’époque où les missions humanitaires reposaient sur la substitution des capacités locales est révolue. Ce dont nous avons besoin maintenant, vu l’ampleur de la tâche, ce sont de professionnels capables de concevoir et d’optimiser des projets humanitaires efficaces, en concertation avec le savoir national. »

Un prix pour les ingénieures et ingénieurs de l’humanitaire
Comme il le dit lui-même, il y a bien longtemps qu’il n’a pas construit de ponts, mais il gère un chantier humanitaire afin de sauver des vies, d’alléger la souffrance et de préserver la dignité. Ce chantier, il le gère avec les pratiques classiques du génie : analyse des besoins, priorisation, modèles logiques et planification. « Derrière les plans d’intervention, il y a des ingénieures et des ingénieurs. Je pense que ça mérite d’être connu. », dit-il — un message qu’il met en lumière avec ce prix Honoris Genius.
Voir aussi
Profession et événements
Universités de génie : Changer le monde un projet à la fois
La formation en génie au Québec se construit aujourd’hui à partir de contextes où les phénomènes techniques peuvent[...]
Profession et événements
Le leadership au cœur de nos infrastructures
Des technologies permettant de prolonger la vie des ouvrages et de construire des infrastructures résilientes et du[...]
Profession et événements
Vers une gestion intelligente de l’énergie
En 2022, Hydro-Québec publie son plan stratégique 2022-2026, qui marque un véritable changement de paradigme. Ce pl[...]

Derrière les plans d’intervention, il y a des ingénieures et des ingénieurs. Je pense que ça mérite d’être connu.