Cet article s’inscrit dans la collection « ACCOMPLIR ».
Par Emmanuelle Gril, journaliste.
Plus de 5 000 membres de l’Ordre supervisent environ 15 000 candidates et candidats à la profession d’ingénieur (CPI). Cette étape essentielle pour accéder à la profession garantit aussi le développement d’une relève solide et intègre.
Stéphanie St-Pierre, ing., directrice adjointe – Structure et associée au sein de la firme de génie-conseil Côté-Jean et Associés, a déjà eu l’occasion de superviser quelques CPI. « Nous nous faisons un devoir d’accompagner des CPI, cela fait littéralement partie de notre philosophie. C’est d’ailleurs en embauchant des finissantes et finissants que la compagnie a grandi au fil du temps », précise-t-elle.
Pour sa part, l’ingénieur Martin Chalifoux, concepteur chez Toromont Cat, a toujours eu à cœur de s’impliquer dans la profession. Au fil du temps, il a eu plusieurs CPI sous sa responsabilité et, auparavant, des ingénieures et des ingénieurs juniors.
« Nous nous faisons un devoir d’accompagner des CPI, cela fait littéralement partie de notre philosophie. C’est d’ailleurs en embauchant des finissantes et finissants que la compagnie a grandi au fil du temps. »
Stéphanie St-Pierre, ing., directrice adjointe – Structure et associée, Côté-Jean et Associés
Quant à Charles Damian, ing., directeur à l’ingénierie à la MRC des Maskoutains, c’est à l’occasion d’un nouveau projet routier qu’un CPI a rejoint les rangs de son équipe. Cette expérience s’est avérée très positive puisqu’une fois son titre d’ingénieur en poche, ce dernier a ensuite été embauché comme gestionnaire de projets.
Force est de constater que si les raisons de superviser des CPI sont variées, au bout du compte, elles visent toutes à préparer les futures ingénieures et les futurs ingénieurs à exercer leurs tâches avec rigueur et compétence.
Fraîchement sortis des bancs d’école, les CPI n’en ont pas moins encore beaucoup à apprendre. « Lorsque les candidates et les candidats arrivent sur le terrain, bien des aspects leur semblent très abstraits, indique Martin Chalifoux. En tant que superviseur, je m’efforce de leur fournir des outils concrets, je les aide à acquérir un certain savoir-faire et à développer leur savoir-être. Je leur donne aussi des clés pour communiquer avec le client. »
Charles Damian abonde dans le même sens et insiste sur la nécessité de soutenir les CPI dans l’atteinte de leur autonomie. « Les premiers temps, le ou la CPI a généralement besoin d’être pris par la main, mais par la suite, il lui faudra apprendre à se débrouiller sans toujours venir cogner à notre porte. Pour cela, on doit lui montrer où se trouvent les ressources et les outils qui lui permettront d’apporter des solutions aux problèmes. »
« En tant que superviseur, je m’efforce de leur fournir des outils concrets, je les aide à acquérir un certain savoir-faire et à développer leur savoir-être. Je leur donne aussi des clés pour communiquer avec le client. »
Martin Chalifoux, ing., concepteur, Toromont Cat
Autre élément incontournable : développer sa propre méthode d’organisation. Dans cette optique, les CPI peuvent s’inspirer de celle qu’applique la personne qui les supervise, et aussi, le cas échéant, de celle des autres ingénieures et ingénieurs de l’équipe. L’essentiel est finalement de s’approprier la méthode qui leur convient le mieux.
Durant la période de supervision, l’éthique et la déontologie devront également occuper une bonne place dans l’accompagnement. Stéphanie St-Pierre saisit toutes les occasions qui se présentent afin d’intégrer cet apprentissage. Par exemple, elle fait référence à sa propre expérience et n’hésite pas à solliciter ses collègues qui ont vécu des situations similaires afin de témoigner de la façon dont ils et elles ont réagi dans les circonstances.
Les CPI ont à surmonter plusieurs défis au cours du programme d’accès à la profession d’ingénieur, mais les personnes chargées de leur supervision peuvent également se trouver aux prises avec divers défis. Pour offrir un encadrement adéquat, la facilité à communiquer et un bon sens de l’écoute sont de rigueur. La capacité à faire part de son expertise et de transmettre son savoir-faire est une autre qualité importante à cultiver.
Mais ce n’est pas tout. « L’accompagnement d’un ou d’une CPI nécessite d’y investir du temps, mentionne Charles Damian. Or, parallèlement, notre service continue à rouler et les projets doivent avancer. C’est pourquoi il faut gérer son temps efficacement afin d’être en mesure de jongler avec les objectifs et d’accomplir les différentes tâches simultanément. »
L’ouverture d’esprit est aussi de mise car, comme le souligne Stéphanie St-Pierre, chaque CPI est unique. La personne en position de supervision veillera donc à observer chaque candidate et chaque candidat, afin d’adapter son accompagnement en conséquence.
Même si cela requiert des efforts, du temps et de la patience, une supervision bien menée peut toutefois être très profitable, car les deux parties y trouveront leur compte : les CPI réalisent un apprentissage qui leur permettra d’accéder à la profession, alors que les superviseures et les superviseurs y verront l’occasion de garder leurs connaissances à jour et de se frotter à de nouvelles méthodes ou façons de faire. Autrement dit, grâce à ce processus, chaque personne aura la possibilité de cheminer et de se développer.
En outre, la contribution des CPI est souvent très appréciée dans un groupe. Par exemple, comme le fait valoir Charles Damian, les CPI apportent des idées novatrices sans nécessairement vouloir tout changer dans une équipe, comme pourrait le souhaiter une ingénieure ou un ingénieur possédant beaucoup d’expérience. Une telle attitude peut se révéler gagnante dans plusieurs circonstances.