Éric Péloquin, ing : les barrages ne l’arrêtent pas
« Quand je suis arrivé en 2007 à Hydro-Québec, j’étais comme un enfant dans un magasin de bonbons », raconte avec enthousiasme Éric Péloquin, ing., chef de la Sécurité des barrages à Hydro-Québec. Il faut dire qu’avec plus d’un siècle de production hydroélectrique, toute la documentation correspondante et 694 installations opérationnelles, la société d’État ressemble au paradis pour ce passionné des barrages.
En 2025, il était finaliste du Grand Prix d’excellence 2025 de l’Ordre des ingénieurs du Québec. Cette nomination souligne l’excellence de sa carrière, notamment pour son travail dans la mise à niveau, en trois ans seulement, d’un plan d’évaluation de la sécurité requise pour l’ensemble du parc de barrages.
Au fil de l’eau
Éric Péloquin a tout pour être l’homme de la situation, lui qui cultive sa connaissance approfondie du sujet depuis le début de ses études. Né en 1967 à Sorel, il développe très tôt un goût pour le plein air, notamment grâce à un père amateur de chasse et de pêche. « J’ai d’abord voulu être agent de conservation. De là vient mon goût pour le travail sur le terrain », explique-t-il.
À l’université, qu’il intègre en 1986, il hésite entre deux programmes, le génie forestier et le génie géologique, tous deux susceptibles de l’emmener jouer dehors le plus souvent. Mais après les cours du tronc commun de Polytechnique Montréal, il opte finalement pour le génie civil, susceptible de lui ouvrir plus de portes, considère-t-il. C’est en 1988, pendant une visite avec son association étudiante du complexe La Grande-2, que le gigantisme et la majesté du site font naître sa vocation. « Je me suis dit : Wow ! voilà ce que je veux faire ! Et puis, j’avais déjà un goût prononcé pour l’hydraulique », explique-t-il.
Après une maîtrise en géotechnique de 1990 à 1993, il arrive sur le marché du travail en plein creux du cycle de l’emploi en ingénierie. Son premier poste chez NCL Envirotek, le bureau d’études d’un ingénieur chevronné, lui permet de travailler par la bande sur les barrages, plus précisément à la conception de digues de résidus miniers. En 1995, il passe chez Tecsult, où il multiplie les campagnes d’investigation sur site et les échantillonnages de sol. Son expérience précédente et sa formation en géotechnique sont mises à profit dans la construction de barrages en remblai.
Puis, en 1996, c’est une catastrophe naturelle qui vient changer la donne : le déluge du Saguenay met la sécurité des barrages sur le devant de la scène : presque immédiatement, on crée la commission Nicolet, qui donnera lieu, en 2002, à la Loi sur la sécurité des barrages. « C’est à ce moment-là que les mandats d’inspection affluent. Je travaillais donc essentiellement sur des installations existantes », raconte-t-il. En parallèle, il travaille dès 1998 à la conception de la digue et du déversoir de la Chute-Garneau, son premier projet hydroélectrique majeur.
En 2002, il franchit un nouveau cap : le gouvernement et Hydro-Québec annoncent la construction de deux ouvrages colossaux, les centrales de l’Eastmain-1 et de Péribonka. Éric Péloquin part alors chez SNC-Lavalin, qui vient de décrocher les deux projets. Il entre au cœur de l’action en œuvrant à la conception d’une digue, celle de l’Eastmain-1, mise en eau en 2005 : « À ce moment précis, mon rêve de 1988 à la Grande-2 devient réalité », se souvient-il avec émotion.
Objectif sécurité
En 2006, l’aventure de la consultation, ses nombreux voyages et ses séjours sur le terrain devenant difficiles avec deux filles en bas âge, Éric Péloquin cherche un emploi plus sédentaire. Sa cheffe actuelle chez Hydro-Québec, qui chapeautait à l’époque les consultants dont il faisait partie, le recrute à la société d’État, qu’il intègre en 2007. Pendant 10 ans, il travaille à la validation de projets, sur de nouveaux aménagements comme sur des chantiers de réfection. Ce sont là des missions idéales pour lui permettre de peaufiner son expertise sur les barrages, de la géologie du site jusqu’à la centrale hydroélectrique.
En 2017, quand le chef des études et de la sécurité des barrages part à la retraite, Éric Péloquin prend naturellement le relais. Il est désormais en place pour la réalisation de son grand œuvre. Il s’attèle à la mise à niveau des études d’évaluation de la sécurité d’une moitié des quelque 700 barrages exploités par Hydro-Québec partout sur l’immense territoire de la province, en seulement trois ans, entre 2021 et 2024. « Depuis 2020, le volume de travail autour de la sécurité des barrages avait beaucoup augmenté en raison de la complexité de nombreux dossiers, raconte-t-il. Il a d’abord fallu convaincre la haute direction, lui faire valoir le plan d’action pour qu’elle ouvre les vannes et qu’on obtienne les ressources nécessaires. »
Mais ce n’était là qu’un premier jalon, car la feuille de route exigeait un quasi-double d’effectifs, avec tous les défis humains qu’entraîne une telle croissance. « Nous avons dû répondre à d’importants besoins en formation du personnel, recruter et organiser beaucoup de sous-traitance, puis créer un équilibre entre les personnes-ressources d’expérience et nouvelles… le tout en continuant de tenir nos engagements », détaille-t-il.
Trois ans plus tard, ce défi organisationnel est relevé haut la main. Mais au-delà de ses compétences de planificateur et de gestionnaire, ce sont les qualités humaines et la générosité d’Éric Péloquin que ses collaborateurs tiennent à souligner : grâce au mentorat ou par son engagement dans l’Association canadienne des barrages, il partage largement et donne beaucoup au suivant. « Mon parcours m’a montré l’importance du parrainage et de la participation collective. Dans mon premier bureau d’études, il n’y avait ni chefs ni employés au moment de vérifier le travail. Nous pratiquions la validation mutuelle ; la parole de l’un avait autant de valeur que celle de l’autre. Pour notre plan de sécurité, j’ai donc brisé les silos, qu’ils soient horizontaux ou verticaux, et favorisé le travail en groupe », décrit-il.
Cette stratégie lui a valu, début 2025, sa promotion chez Hydro-Québec. Avec Éric Péloquin, les barrages retiennent l’eau, pas le progrès.
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