11 février 2026

Le San Marco VII, figure de proue de la pêche de demain

Conçu par Navanex Architecture navale et construit par Chantier naval Forillon, le San Marco VII incarne une nouvelle génération de navires multipêche plus efficients, polyvalents et sécuritaires. À bord, l’ingénierie québécoise répond aux impératifs de durabilité et aux exigences du golfe du Saint-Laurent.

Cet article s’inscrit dans la collection « ACCOMPLIR ».
Par Aurélie Ponton, journaliste.


 

Les ingénieures et ingénieurs savent qu’un navire de pêche performant est rarement le résultat d’une simple addition d’éléments technologiques. C’est un compromis assumé entre la vision d’un propriétaire pêcheur, les contraintes de la mer et la rigueur d’une architecture navale aboutie. Avec le San Marco VII1, conçu par Navanex Architecture navale et bâti par Chantier naval Forillon, cette équation prend la forme d’un navire multipêche pensé pour durer, s’adapter et mieux protéger les équipages.

Pour Hubert Simard, ing., gestionnaire de projet pour la société d’architecture navale affiliée au chantier, le San Marco VII était l’occasion de repenser en profondeur la manière dont un navire peut répondre aux réalités changeantes de la pêche dans le golfe du Saint-Laurent. Son équipe et lui souhaitaient mettre à profit l’expérience acquise lors de la livraison de quatre grands bateaux dans les Maritimes. Voici comment ils ont réussi.

 

Point de départ

L’équipe de Navanex a abordé le San Marco VII en s’appuyant sur un corpus d’essais réalisés lors de la construction de navires comparables déjà en service dans l’Atlantique et des leçons qui en ont été tirées. La clientèle visée, active dans le golfe du Saint-Laurent, ne pouvait pas encore compter sur un navire multipêche de cette dimension et aussi moderne. À la demande du propriétaire, l’équipe a donc cherché un juste milieu afin de lui proposer un résultat répondant à la fois à ses ambitions commerciales et aux exigences réglementaires et de robustesse.

« Avec le San Marco, on voulait un nouveau standard, moderne, technologique, durable et plus efficient », explique Hubert Simard. L’équipe s’est consacrée au travail préliminaire pendant plusieurs mois avant de basculer vers la conception détaillée. Elle a mené sa démarche avec beaucoup de méthode, y intégrant très tôt les hypothèses d’amélioration par rapport aux navires antérieurs.

 

« Avec le San Marco, on voulait un nouveau standard, moderne, technologique, durable et plus efficace. »

Hubert Simard, ing. gestionnaire de projet, Navanex Architecture navale

 

 

 

 

 

Des caractéristiques innovantes

Le navire San Marco VII intègre une coque hydrodynamique ainsi que des appendices de stabilisation encastrés. Il est équipé d’une gestion énergétique intelligente et de procédés modulables, permettant d’optimiser la conservation des prises. Les aménagements du navire ont été repensés pour renforcer la sécurité et le confort.

Grâce à l’ensemble de ces caractéristiques, le San Marco VII se positionne comme un navire efficient, polyvalent et parfaitement adapté aux réalités changeantes de la pêche dans le golfe du Saint-Laurent.

 

LE SAN MARCO VII EN QUELQUES CHIFFRES

Quatre navires comparables livrés dans les Maritimes comme base d’expérience.

Études préliminaires amorcées en 2021, environ six mois avant la conception détaillée.

Réalisation complète environ en quatre ans.

Cale principale réfrigérée à -10˚C ou -15˚C selon les besoins. +30  % d’efficacité en matière de résistance comparativement aux versions précédentes.

Durée de vie prévue de 40 à 50 ans environ s’il est bien entretenu.

Le contexte du golfe

En ingénierie navale, les ingénieures et ingénieurs font face à une réalité fluctuante. La biomasse évolue, les espèces à pêcher varient, les quotas changent, bref, l’adaptation est constante. Par conséquent, un navire qui aurait une seule mission s’exposerait rapidement à ne plus être rentable ni pertinent. D’où l’axe de conception central du San Marco VII, la polyvalence, afin que le navire puisse servir des stratégies de pêche pendant plusieurs décennies. La réalisation de ce projet marque ainsi un jalon pour le parc semi-hauturier du Québec, puisqu’elle a misé sur une conception modulable capable d’absorber les transitions du métier au fil du temps.

 

Polyvalence à bord

L’équipe de conception a instauré cette polyvalence notamment dans les systèmes de manutention et de préservation des prises. Trois leviers complémentaires structurent les manœuvres requérant du froid.

D’abord, une cale principale maintient les produits à une température de -10˚C ou -15˚C environ, afin de les refroidir rapidement et d’en assurer la qualité. Ensuite, on peut compter sur des réservoirs à circulation d’eau vive pour les espèces qui nécessitent un maintien en vivier, comme le crabe. Enfin, des générateurs de glace liquide, qui produisent une sorte de slush salée, permettent d’immerger les bacs et de préserver la chaîne du froid jusqu’à l’usine.
L’ensemble est combiné à un cloisonnement pensé pour produire des volumes en série et permet différentes combinaisons d’espèces et de procédés sans compromettre la qualité marchande des prises.

Moins d’énergie

Les ingénieures et ingénieurs de Navanex ont également optimisé l’enveloppe du navire ainsi que la production et l’utilisation de l’énergie à bord afin de pouvoir réduire à la fois sa traînée et sa consommation. La coque a fait l’objet d’analyses d’écoulement numérique de type CFD (Computational Fluid Dynamics) qui ont permis d’affiner ses formes et de limiter la résistance du bateau dans ses déplacements.

L’équipe a également dû s’attarder à la réduction du roulis, un point technique important. Plutôt que d’utiliser des ailerons extérieurs classiques, qui ajoutent de la traînée, l’équipe a mis au point un système à appendices encastrés dans la coque, qui reprend le principe de la stabilisation tout en diminuant l’effet hydrodynamique négatif.

Si on la compare aux solutions antérieures, ce changement a permis un gain d’efficacité mesuré de la résistance de l’ordre d’environ 30 %, selon les comparatifs numériques réalisés lors de la conception.

Au chapitre de la production électrique, l’installation de génératrices de plus petite puissance, dont le fonctionnement est orchestré par un panneau de partage qui répartit automatiquement la charge selon les besoins réels du bord, permet de consommer moins.

 

Sécurité et confort

Hubert Simard et son équipe souhaitaient s’engager à fond dans un tel projet. Pour revoir l’ergonomie du pont de pêche et des postes de commande, lui et son collègue Jean-Nil P. Morisette se sont donc embarqués 10 jours sur un navire comparable, en plein hiver nord-atlantique2.

Cette immersion leur a permis de documenter les manœuvres réelles, les lignes de vue, les déplacements, les zones à risque et les points de friction entre les procédés de circulation.

Au retour, ils ont perfectionné le San Marco VII sur plusieurs plans : visibilité accrue depuis les postes de commande sur l’ensemble du pont, ponts supérieurs allongés pour créer davantage d’abris, accès sécurisés à l’arrière pour éviter des montées dangereuses, rangements accessibles aux bons endroits et espace transitoire chauffé avec vestiaires facilitant le passage du pont aux zones de vie — autant de détails qui, cumulés, diminuent les risques d’incident et réduisent la fatigue perçue à bord.

 

Un standard québécois

L’équipe de Navanex a positionné le San Marco VII comme une vitrine de l’expertise locale. Dans le parc de navires semi-hauturiers québécois, l’arrivée d’un multipêche moderne met en lumière la capacité de nos équipes d’ici à livrer des solutions clés en main qui rivalisent avec les navires de référence des provinces de l’Atlantique. Le projet s’appuie sur une crédibilité gagnée à l’extérieur du Québec et la réinvestit dans la région, en soutenant le développement d’affaires du propriétaire et la confiance des communautés de pêche. Le navire, appelé à servir de 40 à 50 ans, selon l’entretien, devient une référence concrète pour les prochaines générations de bateaux à concevoir.

 

Créer aujourd’hui pour la pêche de demain

Le San Marco VII a été conçu pour incarner un équilibre réfléchi entre performance, durabilité et efficacité énergétique. Chaque solution technique retenue a été évaluée en fonction de sa valeur ajoutée réelle, de son apport stratégique et de sa contribution à la sécurité et au confort des équipages.

En somme, l’équipe a concentré les ressources sur des solutions offrant les gains les plus tangibles, maximisant à la fois le rendement opérationnel et la polyvalence à long terme – une démarche qui illustre concrètement la façon dont l’ingénierie navale peut soutenir dès aujourd’hui une pêche plus durable et résiliente dans le golfe du Saint-Laurent.

 

Références

1. https://navanex.ca/un-tout-nouveau-grand-navire-multipeche-lance-par-navanex

2. https://navanex.ca/deux-ingenieurs-de-navanex-deviennent-pecheurs

 

 

Retrouvez tous les articles dans la revue PLAN d’hiver 2026