Pour mieux gérer nos actifs
Le 6 juillet 1988, en mer du Nord, au Royaume-Uni, une fuite massive d’hydrocarbures légers s’échappe de la plateforme gazière Piper Alpha. L’ensemble s’enflamme et provoque une explosion qui cause la mort de 169 personnes. Un rapport d’enquête conclut que la catastrophe résulte de graves défaillances dans les procédures de maintenance et de sécurité.
C’est dans ce contexte que la norme britannique PAS 55 est créée en 2004, pour éviter la répétition d’un tel désastre dans les milieux industriel et pétrolier. La norme évolue ensuite pour devenir, en 2014, la série ISO 55000, qui est aujourd’hui la référence internationale en gestion des actifs dans de nombreux secteurs (municipal, minier, financier, etc.). Son objectif est d’encadrer et d’uniformiser les pratiques d’une organisation pour assurer un équilibre entre coûts, risques et performance des actifs tout au long de leur cycle de vie et, ultimement, de réduire le nombre des interruptions de service et des incidents majeurs.
Selon les décisions politiques, on peut choisir d’entretenir et de rénover ce qu’on possède déjà plutôt que de construire du neuf. Bref, la norme incite à adopter une vision globale qui relie l’usage, l’état des actifs et les choix de gestion pour mieux préserver nos infrastructures. »
Les points clés pour évaluer la maturité de la gestion d’actifs selon la norme ISO 55000
La maturité de la gestion d’actifs selon la norme ISO 55000 est mesurée à l’aide d’outils d’analyse portant sur 40 sujets clés et plus de 300 points de contrôle. « Un peu comme le diagnostic d’une voiture dans un garage pour inspecter ce qui est réellement en place », illustre Bernard Gaudreault, directeur de la gestion d’actifs et de la durabilité à la firme d’ingénierie Norda Stelo.
L’audit vérifie l’existence des processus, leur documentation et leur mise en œuvre, la compréhension et la communication au sein de l’organisation ainsi que la capacité à produire les résultats attendus.
« Avant [l’événement de 1988], on effectuait la maintenance industrielle, mais on ne parlait pas de gestion d’actifs ni de maintenance des actifs physiques », explique Jean-Pascal Foucault, ingénieur et professeur- chercheur à l’Université de technologie de Compiègne, en France, qui a contribué à la rédaction de la série ISO 55000. Celle-ci propose une démarche structurée de la gestion des actifs, qui introduit les concepts interdépendants de coût, de performance, de risque, de cycle de vie et de valeur d’usage. « Plutôt que de se limiter à une logique réactive, par exemple en attendant que de l’équipement tombe en panne pour le réparer, la norme encourage une démarche anticipatrice, axée sur la planification et la prévention. L’idée centrale est de mettre en place une boucle d’amélioration continue qui permet d’évaluer, d’ajuster et d’optimiser en permanence la gestion des actifs », ajoute-t-il.
Cette méthode permet notamment de réduire le nombre des bris d’aqueduc et des interruptions de services dans les transports collectifs et d’éviter les fermetures imprévues d’axes routiers en analysant l’état et le cycle de vie des actifs. Jean-Pascal Foucault, également fondateur et expert de TBMAESTRO, une entreprise offrant des services-conseils, souligne qu’il faut aussi tenir compte de la gouvernance. « Selon les décisions politiques, on peut choisir d’entretenir et de rénover ce qu’on possède déjà plutôt que de construire du neuf.
Bref, la norme incite à adopter une vision globale qui relie l’usage, l’état des actifs et les choix de gestion pour mieux préserver nos infrastructures », dit-il. C’est d’autant plus pertinent dans le cas des infrastructures publiques, dont l’état influe directement sur la qualité de vie des populations. Les normes ISO 55000 guident une gestion d’actifs rigoureuse en vue de renforcer la sécurité et la performance d’infrastructures telles que les ports et les ponts et ce, afin de protéger le public.
Il y a 25 ans, la gestion des actifs était marginale. Aujourd’hui, on trouve des vice-présidents, des directeurs et des spécialistes qui s’y consacrent. C’est devenu une fonction reconnue.
Une percée au Québec
Si l’Australie et le Royaume-Uni figurent parmi les précurseurs en matière de gestion des actifs, le Québec s’y met à son tour. De plus en plus d’entreprises commencent à adopter la norme. « Le Québec prend le virage, même si c’est encore récent », constate Bernard Gaudreault, directeur de la gestion d’actifs et de la durabilité à la firme d’ingénierie Norda Stelo.
« Il y a 25 ans, la gestion des actifs était marginale. Aujourd’hui, on trouve des vice-présidents, des directeurs et des spécialistes qui s’y consacrent. C’est devenu une fonction reconnue », observe-t-il. Bernard Gaudreault accompagne notamment des entreprises comme Rio Tinto pour les aider à obtenir leur certification.
Selon lui, de nombreuses organisations québécoises ont déjà entrepris des analyses de maturité en gestion d’actifs. « Elles se dotent de feuilles de route pour améliorer leur maturité et aligner leur fonctionnement sur le cadre de l’ISO 55000. Certaines affichent même des niveaux très avancés, comme Les Ponts Jacques Cartier et Champlain Incorporée, le Port de Montréal, le Port de Québec, la Société québécoise des infrastructures et la Voie maritime du Saint-Laurent. D’autres, comme la Ville de Québec, ont aussi entrepris ce virage », précise Bernard Gaudreault.
Un idéal à atteindre
Même s’il fait partie des rédacteurs de la norme ISO 55000, l’ingénieur Jean-Pascal Foucault rappelle qu’une norme n’est qu’une bonne pratique, pas nécessairement la meilleure. « Il est tout à fait possible d’être plus performant que ce qu’elle exige et, dans tous les domaines — énergie, environnement, etc. — certaines organisations vont déjà plus loin que la norme », indique-t-il.
Selon lui, le risque est de fonctionner en vase clos. Un système développé seul comporte des angles morts et rend les comparaisons très difficiles. « C’est là tout l’intérêt d’une norme : offrir un cadre commun pour mesurer, comparer et situer sa performance par rapport aux pratiques reconnues. C’est exactement le rôle d’une norme », conclut-il.
Tour d’horizon de différentes normes de gestion
La série ISO 55000 comprend les normes ISO 55000 (glossaire et principes), ISO 55001 (exigences de certification) et ISO 55002 (guide d’application). Ces normes s’appliquent autant aux actifs physiques d’infrastructures, comme un réseau d’aqueduc d’une municipalité, qu’aux actifs fi nanciers d’une banque.
Le GFMAM Asset Management Landscape, élaboré par le Global Forum on Maintenance & Asset Management (GFMAM), offre un cadre de référence pour comprendre les compétences nécessaires pour appliquer la gestion d’actifs selon la série
ISO 55000. « Des organismes comme le GFMAM et l’Institute of Asset Management ont mis en place des cadres qui permettent de rendre la norme ISO 55000 plus digeste en fournissant des outils pour uniformiser les pratiques et aider les entreprises à s’améliorer », explique Bernard Gaudreault, directeur de la gestion d’actifs et de la durabilité à la firme d’ingénierie Norda Stelo.
D’autres normes spécialisées viennent compléter l’ISO 55000. Par exemple, la norme ISO 19650 porte sur le volet de la gestion d’information dans un contexte de construction, tandis que la norme ISO 14040 s’applique spécifiquement à l’environnement et au cycle de vie.
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