Louis Goudreau, ing., innover pour servir l’humain
Cet article s’inscrit dans la collection « PRATIQUE EXEMPLAIRE ».
Par Antoine Palangié, journaliste.
« L’ingénieur est là pour servir », déclare Louis Goudreau, ing., finaliste du Grand Prix d’excellence 2025 de l’Ordre des ingénieurs du Québec. Pourtant, sa carrière aura été, au départ, plus un heureux concours de circonstances qu’une vocation. Il arrive à Laval en 1967 à 10 ans, puis commence son secondaire dans un établissement d’enseignement religieux à Terrebonne.
- Louis Goudreau, ing., précurseur des premiers chargeurs intelligents pour batteries de fauteuils roulants dotés d’un détecteur de l’hydrogène émis comme marqueur de la surcharge.
- Louis Goudreau est le tout premier ingénieur en électronique et programmation du Royal Ottawa Regional Rehabilitation Center.
- Louis Goudreau,ing., entouré du Dr Guy Trudel et de Audette Laneuville dans le cadre d’un projet aérospatial.
Au bon endroit au bon moment
À la fin du secondaire, Louis Goudreau est accepté au Collège Montmorency qui vient d’ouvrir et expérimente un système par modules. Il s’inscrit en Sciences de la nature. Il termine brillamment son parcours collégial, mais se retrouve limité dans ses choix à cause du coût des études. « Mes parents n’étant pas riches, je cherchais une formation universitaire rémunérée », explique-t-il. Il se tourne vers l’Université de Sherbrooke qui, grâce au régime coopératif, permet l’alternance travail-études. Il choisit le génie électronique, discipline en plein essor du fait de l’arrivée des transistors qui remplacent les tubes.
Gravement blessé au hockey, Louis Goudreau doit abandonner sa première session pour la passer à l’hôpital et reprend en janvier un cursus décalé qui offre essentiellement des cours sans prérequis, plus faciles. « Un coup de chance qui m’a permis d’afficher des A, notamment en mathématiques. Ça aura été le parfait lancement pour tout mon baccalauréat », se félicite-t-il.
Se spécialisant en électronique basse puissance, radiations, antennes et communications, il multiplie les stages professionnels durant ses études, déjà au service du public : au ministère des Terres et Forêts à Québec, puis en Ontario pour y travailler chez Énergie atomique Canada où il perfectionne son anglais.
Après l’obtention de son diplôme, il est recruté par le Royal Ottawa Regional Rehabilitation Center (RORRC). Il devient alors le tout premier ingénieur en électronique et programmation, en 1982, à peine un an après l’ouverture de cet établissement d’excellence à la fine pointe de la recherche et de la technologie pour la réadaptation des personnes handicapées. Il y est depuis 43 ans!
« Je devais être créatif pour optimiser et trouver des façons d’économiser le plus d’espace mémoire possible »
Louis Goudreau, ing., Centre de Réadaptation de l’Hôpital d’Ottawa
Progrès technique, progrès humain
Le Service d’ingénierie en adaptation (aujourd’hui Techno Génie) est une petite structure à l’époque, mais sa mission le distingue nettement : concevoir et développer des prototypes fonctionnels. « Nous avons une forte dimension R-D, mais aussi clinique. Notre travail consiste à concrétiser les idées, qu’elles viennent des spécialistes de la santé ou de la patientèle, avec le niveau d’exigence très élevé propre au domaine médical », explique-t-il.
Louis Goudreau fait un bilan enthousiaste de ses réalisations. D’abord un laboratoire d’étude de la démarche, puis une nouvelle méthode de mesure radiographique pour la prévention de la subluxation de l’épaule chez les personnes hémiplégiques, une vraie gageure étant donné les moyens technologiques beaucoup plus limités à l’époque. « Je devais être créatif pour optimiser et trouver des façons d’économiser le plus d’espace mémoire possible », se souvient-il.
Il est précurseur des premiers chargeurs intelligents pour batteries de fauteuils roulants dotés d’un détecteur de l’hydrogène émis comme marqueur de la surcharge. Aujourd’hui, ces dispositifs sont courants, tout comme la station d’ordinateur par infrarouge pour personnes en fauteuil roulant, autre première nord-américaine signée RORRC. Ont suivi, au gré des avancées technologiques, notamment numériques, des contrôles spécialisés, des prothèses innovantes et un laboratoire de réadaptation en réalité virtuelle. Louis Goudreau a collaboré avec l’Agence spatiale canadienne et la NASA à la caractérisation de pathologies liées aux longs séjours dans l’espace – anémie, ostéoporose et atrophie de la moelle osseuse. Ce projet aura des retombées multiples et bien terrestres, puisque « les gens alités sont comme des astronautes », illustre-t-il.
À bientôt 70 ans, l’ingénieur n’a pas raccroché. Il forme le personnel remplaçant ainsi que les recrues, donne un coup de main sur les projets en cours. Il compte partir à la retraite à la fin de ses collaborations actuelles. Mais rien ne presse. Quand on lui demande quel regard il porte sur son parcours, l’ingénieur répond simplement, le sourire aux lèvres : « Je suis béni. »
LOUIS GOUDREAU, ING. : S’IL ÉTAIT…
Une valeur : la résilience, pour sa capacité à surmonter les obstacles.
Une devise : « L’ingénieur est là pour servir. »
Un objet : Un fauteuil roulant électronique pour améliorer la vie des personnes handicapées.
Un événement : une collaboration avec la NASA.
Un lieu : le RORRC (aujourd’hui Centre de Réadaptation de l’Hôpital d’Ottawa) où il travaille depuis 43 ans.
