13 janvier 2026

L’ingénierie au service de bâtiments plus verts

Selon un inventaire des GES, le bâtiment représente 9,5 % des émissions au Québec. Comment améliorer leur performance environnementale?

Cet article s’inscrit dans la collection « RÉFLEXION ».
Par Hélène Lauzon, avocate et urbaniste


 

Hélène Lauzon est présidente du Conseil patronal de l’environnement du Québec depuis 2008.

Titulaire d’un baccalauréat en droit et d’une maîtrise en urbanisme, elle a pratiqué le droit de l’environnement chez Lavery comme associée pendant plus de 20 ans.

Elle siège à divers conseils d’administration et est membre de plusieurs groupes de travail gouvernementaux.

 

 

 

 

 

Malgré leur utilité indéniable, les bâtiments ont des répercussions sur l’environnement.

En effet, selon le plus récent inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre (GES), le secteur du bâtiment était responsable de 9,5 % des émissions de GES de la province.

Celles‑ci sont principalement liées aux combustibles fossiles utilisés pour chauffer les bâtiments, soit le carbone « opérationnel ». À cela s’ajoute le carbone « intrinsèque », soit les GES associés par exemple aux matériaux et aux processus de construction.

Les bâtiments québécois consommaient par ailleurs 603 pétajoules (PJ) d’énergie en 2022, soit moins que le secteur industriel (687 PJ), mais plus que le secteur des transports (493 PJ). La majeure partie de l’énergie consommée par les bâtiments est de source renouvelable, principalement de l’hydroélectricité.

Les bâtiments exercent aussi des pressions sur la biodiversité et la consommation d’eau potable, de même qu’ils génèrent des déchets de construction et de démolition.

 

Interventions gouvernementales

Pour relever ces défis, les gouvernements ont adopté divers objectifs et règlements, ainsi que des stratégies visant à améliorer la performance environnementale des bâtiments.

Par exemple, le gouvernement fédéral :

  • s’est engagé à ce que les nouveaux bâtiments fédéraux soient carboneutres ;
  • propose des aides financières pour améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments ;
  • élabore et publie le Code national de l’énergie pour les bâtiments ainsi que le Code national du bâtiment, dont la mise à jour est prévue dans le cadre de la Stratégie canadienne pour les bâtiments verts afin notamment de faire plus de place à la résilience aux changements climatiques et à la construction en bois.

Pour sa part, le Québec est doté d’un Code de construction, lequel comprend un chapitre sur l’efficacité énergétique des bâtiments. Par ailleurs, le Plan pour une économie verte prévoit un budget quinquennal de 1,6 milliard de dollars pour réduire les émissions de GES dans les bâtiments grâce aux programmes ÉcoPerformance (volet Bâtiments), Rénoclimat, Éconologis et Novoclimat.

Suivant l’adoption en 2024 de la Loi sur la performance environnementale des bâtiments, le gouvernement québécois a par ailleurs entrepris une consultation en vue de définir de futures normes. Celles‑ci seraient sous la responsabilité du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) plutôt que de la Régie du bâtiment du Québec.

 

Des normes ambitieuses en matière d’efficacité énergétique contribueraient à réduire la consommation (et les pertes) d’énergie dans le secteur des bâtiments, libérant ainsi des mégawatts d’énergie renouvelable pour électrifier le reste de l’économie.

 

La Loi sur la performance environnementale des bâtiments prévoit aussi l’introduction d’un système de cote des bâtiments, dont les modalités seront précisées dans un règlement à venir.

Concernant les matériaux de construction, rappelons que le MELCCFP a publié une feuille de route et un plan de mise en œuvre en économie circulaire, qui comprennent des actions menées par divers ministères et organismes concernant la construction, telles que :

  • la modification du cadre juridique pour faciliter l’écoconception des infrastructures ;
  • le financement des initiatives permettant de prolonger la durée de vie des matériaux et des infrastructures ;
  • l’éducation des parties prenantes à la déconstruction des infrastructures.

Finalement, les villes sont également des moteurs de changements dans le domaine de la performance environnementale des bâtiments. Par exemple, la Ville de Montréal a adopté, en 2021, un règlement exigeant que les propriétaires de grands bâtiments déclarent leurs émissions de GES opérationnelles.

 

La contribution des membres de l’Ordre

Selon la Loi sur les ingénieurs, le « respect de l’environnement » fait explicitement partie de l’exercice de l’ingénierie, qui inclut notamment l’analyse et la conception des structures, des matériaux et des systèmes énergétiques.

Ainsi, les membres de l’Ordre sont particulièrement bien placés pour déterminer les techniques d’isolation et d’étanchéité, les matériaux, les équipements, les systèmes et les sources d’énergie qui permettent d’améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments et de réduire leurs émissions de GES.

Ils peuvent également contribuer à concevoir des matériaux, bâtiments ou infrastructures d’une manière qui facilite leur déconstruction en fin de vie utile et leur circularité.

Les membres de l’Ordre sont assurément des partenaires essentiels si l’on veut atteindre les objectifs gouvernementaux en matière de durabilité des bâtiments. Leur rôle sera encore plus déterminant s’ils travaillent en interdisciplinarité avec les architectes, les entrepreneurs en construction ainsi que les spécialistes en environnement et développement durable.

 

Références utiles

  • Cabinet du MELCCFP, «_Bâtiments durables – Lancement des consultations sur l’efficacité énergétique des bâtiments » (2025)
  • CIMA+, « Qu’est-ce que le carbone intrinsèque dans la construction de bâtiments et comment peut-il être réduit? » (s.d.)
  • Chaire de gestion de l’énergie de HEC Montréal, « État de l’énergie au Québec » (2025)
  • Loi sur la performance environnementale des bâtiments, RLRQ, c. P-9.2
  • MELCCFP, « Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre 1990-2022 » (2024)
  • MELCCFP, « Plan de mise en oeuvre 2025-2028 de la feuille de foute gouvernementale en économie circulaire » (2025)
  • MELCCFP, « Plan pour une économie verte 2030 – Plan de mise en oeuvre 2025-2030 » (2025)
  • Régie du bâtiment du Québec, « Code de construction »
  • Ressources naturelles Canada, « Financement et programmes en matière d’efficacité énergétique » (consulté le 26 août 2025)
  • Ressources naturelles Canada, « Stratégie canadienne pour les bâtiments verts » (2024)
  • Ville de Montréal, « Règlement sur la divulgation et la cotation GES des grands bâtiments » (mise à jour 2025)

 

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