L’IA comme levier pour des infrastructures durables et résilientes
L’intégration responsable de l’IA représente une occasion unique pour moderniser les infrastructures québécoises et renforcer leur résilience à long terme.
Un outil stratégique
En permettant de passer d’une gestion réactive à une gestion prédictive et proactive des infrastructures, l’IA change résolument la donne. Dans le secteur routier, par exemple, elle peut analyser les données d’inspection, les conditions climatiques et la dégradation des chaussées afin d’anticiper les interventions avant que les défaillances critiques n’apparaissent. En ce qui concerne les réseaux d’eau municipaux, elle aide à détecter des fuites, à prioriser le remplacement des conduites et à assurer la gestion des risques de rupture.
Du côté des bâtiments publics et des infrastructures critiques, les systèmes intelligents améliorent également la surveillance des actifs et réduisent les risques de panne affectant les services essentiels.
Une telle évolution transforme aussi le rôle des ingénieures et des ingénieurs. Celles-ci et ceux-ci doivent désormais développer des compétences en gouvernance des données, en analyse prédictive et en outils numériques, tout en conservant leur rôle fondamental de validation, de jugement professionnel et de protection du public.
Transformation du cycle de vie
L’IA a également une incidence sur l’ensemble du cycle de vie des infrastructures. En conception, elle permet de comparer rapidement plusieurs scénarios en fonction des coûts, de la résilience climatique, des émissions de carbone et de la durabilité des actifs. Du côté de la gestion de projets, elle soutient l’analyse des risques, l’optimisation des échéanciers et la planification des interventions.
L’IA contribue également à renforcer la résilience des infrastructures en fonction de deux dimensions complémentaires : la résilience statique et la résilience dynamique. La première touche la capacité des infrastructures à résister aux perturbations et à maintenir leurs fonctions essentielles face aux événements extrêmes. La résilience dynamique réfère plutôt à la capacité des systèmes à s’adapter, à apprendre et à réagir en temps réel selon l’évolution des risques et des conditions climatiques.
Dans cette perspective, les jumeaux numériques, les drones, les capteurs intelligents et les plateformes de surveillance permettent d’effectuer un suivi en continu de l’état des infrastructures. Ces outils facilitent la maintenance prédictive, la détection rapide des anomalies et l’adaptation des stratégies d’intervention pour les infrastructures critiques du Québec, notamment les réseaux routiers, énergétiques, hydriques et les bâtiments publics.
« Bien que très utile, l’IA ne remplace toutefois pas l’ingénieure ou l’ingénieur. Elle agit plutôt comme un outil d’aide à la décision. On doit aussi demeurer attentif aux enjeux liés à la qualité des données, à la transparence des modèles, à la cybersécurité ainsi qu’à la responsabilité professionnelle », prévient Sara Rankohi.
Cinq clés pour atténuer la pression sur les infrastructures grâce à l’IA
- L’IA peut soutenir la maintenance prédictive en détectant les infrastructures à risque avant les défaillances majeures, notamment pour les ponts, routes et réseaux d’eau.
- L’analyse des données historiques aide à prioriser les investissements publics selon les risques, les coûts et les niveaux de service.
- Les inspections automatisées par drones, imagerie et capteurs intelligents améliorent la rapidité et la précision des diagnostics pour les ponts, tunnels, barrages et lignes électriques.
- Les jumeaux numériques permettent de simuler différents scénarios climatiques et opérationnels afin d’améliorer la résilience des infrastructures.
- L’IA facilite l’intégration des critères de durabilité, de carbone et de résilience dans les décisions de gestion et de renouvellement des actifs.
Une conférence incontournable
L’ingénieure Sara Rankohi, professeure adjointe à l’ESG UQAM, livrera une conférence sur le rôle de l’IA dans le renforcement de la résilience des infrastructures publiques lors du Colloque de l’Ordre des ingénieurs du Québec.
Elle abordera notamment les défis liés au vieillissement des actifs, aux changements climatiques et à la pression croissante exercée sur les infrastructures critiques au Québec. La professeure illustrera également comment les outils d’IA, les jumeaux numériques, les systèmes prédictifs et les technologies de surveillance intelligente peuvent soutenir une gestion plus proactive, durable et résiliente des infrastructures. Une attention particulière sera portée sur l’importance des bases de données historiques dans le développement de modèles prédictifs fiables ainsi que dans l’amélioration des stratégies de gestion des actifs. Il sera aussi question de résilience statique et de dynamique des infrastructures.
Enfin, plusieurs exemples récents d’implantation de l’IA en gestion des infrastructures dans différents secteurs (transport, énergie, réseaux d’eau et infrastructures critiques) seront présentés, afin d’illustrer de quelle façon les pratiques internationales les plus récentes en gestion des actifs et en surveillance de l’état des infrastructures pourraient être adaptées au contexte québécois.
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