Inondations pluviales : un risque collectif, une réponse qui doit l’être également
LE RISQUE
D’abord, qu’entendons-nous par « risque » ? L’équation suivante est une façon efficace d’expliquer ce concept :
Risque = Aléa × Exposition × Vulnérabilité
Autrement dit, le risque auquel nous sommes exposés résulte de l’interaction entre ces trois composants. Examinons-les dans le contexte d’une inondation pluviale.
- Aléa : la probabilité d’occurrence d’une pluie extrême. Il se manifeste localement par des accumulations d’eau en surface dans les zones en dépression (cuvettes) ou par des refoulements d’égouts.
- Exposition : l’ensemble des éléments susceptibles d’être affectés par l’aléa, tels que les bâtiments et les infrastructures.
- Vulnérabilité : le degré de sensibilité de ces éléments exposés aux effets de l’aléa.
On peut réduire le risque en s’attaquant à l’un ou à plusieurs de ces composants.
L’ALÉA
On peut atténuer l’aléa en limitant l’accumulation d’eau dans les cuvettes. À cette fin, l’implantation d’infrastructures vertes et bleues est une stratégie efficace dans un environnement urbanisé. Ces dernières réduisent l’accumulation d’eau en favorisant les processus hydrologiques naturels, tels que l’évapotranspiration, l’infiltration et la rétention.
Dans le contexte d’une cuvette, la méthode à préconiser consiste à agir en amont, en retenant l’eau à la source. Pour ce faire, on peut intervenir sur le domaine privé en maximisant les surfaces perméables, en redirigeant les gouttières vers un jardin de pluie ou en conservant l’eau sur les toits plats à l’aide d’avaloirs à débit contrôlé. Les infrastructures vertes et bleues peuvent aussi être utilisées sur le domaine public, notamment les stationnements perméables, les avancées de trottoirs végétalisées et les parcs résilients. En combinant ces différentes stratégies, il devient possible de réduire de façon importante l’ampleur de l’aléa.
L’EXPOSITION
Les sous-sols figurent parmi les éléments les plus susceptibles d’être affectés par l’aléa. Puisque la pression causée par l’aléa dans le réseau d’égout s’exerce sous le niveau de la rue, elle peut y engendrer un refoulement. La présence d’une entrée de garage en contre-pente ou d’une cour anglaise constitue également un vecteur d’exposition à l’accumulation d’eau en surface, qui peut pénétrer directement dans le sous-sol.
Une des façons les plus efficaces de réduire le risque est de limiter notre exposition à l’aléa. En présence d’une entrée de garage en contre-pente, on peut minimalement ajouter un dos-d’âne ou procéder à une mesure corrective plus importante, comme l’installation d’une porte de garage étanche ou un remblayage complet. Si l’aléa se manifeste par un refoulement d’égout, l’installation d’un simple clapet antiretour constitue un moyen très efficace d’empêcher l’eau de pénétrer dans le sous-sol.
Les particuliers peuvent décider d’avoir recours à ces diverses stratégies d’adaptation. Cela dit, les sous-sols demeurent le principal vecteur d’exposition aux inondations de surface et aux refoulements d’égouts. En l’absence de sous-sols, ce problème serait largement atténué.
Les municipalités peuvent donc aussi contribuer à cet effort d’adaptation en révisant leur réglementation. Il convient en effet de se demander si les logements habitables au sous-sol devraient encore être permis. La construction de sous-sols dans les zones situées en cuvette pourrait également être interdite. Évidemment, ces mesures peuvent être impopulaires auprès de la population et nécessitent un certain courage politique.
LA VULNÉRABILITÉ
La réduction du risque peut aussi passer par la réduction de la vulnérabilité des éléments exposés à l’aléa. Si on reprend l’exemple du sous-sol, comme on sait qu’un plancher en bois franc est nettement plus sensible à l’eau qu’un plancher de béton, on peut réduire sa vulnérabilité en utilisant des matériaux plus résistants ou mieux adaptés. D’ailleurs, Architecture sans frontières Québec a produit une excellente boîte à outils à ce sujet.
Bien qu’il soit possible de s’adapter de façon préventive, force est de constater que la plupart d’entre nous n’interviennent qu’une fois les deux pieds dans l’eau. Le principe de base de l’assurance est la reconstruction à l’identique. Dans un contexte d’intensification des pluies extrêmes, ce principe mérite d’être remis en question. Il s’agit donc du moment idéal pour permettre aux consommateurs de choisir d’adopter la démarche « Reconstruire en mieux » (Build Back Better). Lorsqu’un milieu a déjà démontré sa vulnérabilité, le rebâtir à l’identique revient à reconduire ses faiblesses.
Une intervention des différents ordres de gouvernement serait appropriée – au municipal avec des subventions comme RénoPlex, à Montréal, par exemple, ou au provincial avec des programmes comme Rénoclimat, dans lequel 425 M$ ont récemment été investis pour l’adaptation. De telles subventions permettraient de rebâtir les logements de façon plus résiliente et de réduire ainsi le risque pour les personnes qui y vivent actuellement et pour celles qui en deviendront propriétaires.
Dans un contexte d’intensification des pluies extrêmes, le statu quo n’est plus une option.
À QUI LA FAUTE ?
Une question revient souvent : à qui la faute ? Plutôt que de chercher des coupables, il faut reconnaître que le risque est partagé et que les solutions doivent l’être aussi. Réduire les effets des inondations pluviales passe par une action coordonnée des particuliers qui adaptent leur bâtiment, des municipalités qui aménagent le territoire et des assureurs et ordres de gouvernements qui créent les bons incitatifs pour reconstruire mieux. Dans un contexte d’intensification des pluies extrêmes, le statu quo n’est plus une option.
Jean-Luc Martel, ing., Ph. D.
Professeur agrégé et titulaire de la Chaire FRQAdapT sur la gestion résiliente des eaux de ruissellement en milieux urbain et rural à l’École de technologie supérieure (ÉTS), Jean-Luc Martel, ing., détient un baccalauréat en génie de la construction ainsi qu’un doctorat en hydrologie et en changements climatiques de l’ÉTS. Après avoir travaillé comme ingénieur de projet chez Lasalle | NHC, une firme spécialisée en ressources hydriques, il se consacre désormais à faire le pont entre la recherche et la pratique professionnelle.
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