1 décembre 2025

Infrastructures en crise : il en va de la protection du public

Lettre ouverte publiée à l’origine le 29 novembre 2025 dans le Journal de Montréal

Ce n’est pas un secret, nos infrastructures montrent des signes importants de dégradation. Routes en mauvais état, hôpitaux en rupture de service, écoles vétustes… ces impacts bien visibles menacent les services aux citoyens, et parfois même la sécurité du public. Le déficit de maintien d’actifs du Québec – évalué jusqu’ici à 40 milliards de dollars – continue de croître.

Malgré des annonces d’investissements en hausse, le défi de l’entretien des infrastructures est encore plus grand qu’on ne l’avait imaginé, comme le révèle le plus récent rapport du Vérificateur général du Québec (VGQ). Celui-ci jette un éclairage troublant sur les causes structurelles derrière les situations vécues sur le terrain.

Dans ce contexte, l’Ordre des ingénieurs du Québec appelle à un virage sans précédent pour assurer la pérennité des infrastructures ainsi qu’à une collaboration accrue entre tous les acteurs.

Un diagnostic alarmant

Le VGQ conclut que le gouvernement québécois ne dispose pas d’un portrait complet et fiable de l’état de ses infrastructures. De plus, le rapport établit que le Plan québécois des infrastructures sous‑estime de 75 milliards de dollars les investissements nécessaires pour réaliser les projets majeurs à la phase d’étude ou de planification qui y sont prévus. Enfin, il met en lumière une planification budgétaire déficiente, responsable du ralentissement et de la mise sur pause de projets, avec pour conséquence des retards, des pénalités et une hausse des coûts des travaux.

Ces constats extrêmement préoccupants rejoignent les témoignages recueillis par l’Ordre des ingénieurs du Québec ces derniers mois lors d’une tournée de consultations régionales et sectorielles sur l’état des infrastructures publiques. Dans le cadre de sa mission de protection du public, l’Ordre a en effet consulté une variété de parties prenantes pour mieux comprendre les réalités vécues : ingénieurs et ingénieures, gestionnaires d’infrastructures, communauté de la recherche, de même que représentants de l’industrie, du milieu associatif et des différents paliers gouvernementaux.

Une crise née de choix stratégiques

Un constat s’impose : depuis des décennies, le Québec souffre d’une carence chronique d’entretien, tant sur le plan financier que stratégique. L’absence de planification à long terme empêche de répondre aux besoins réels et d’assurer la durabilité des actifs.

Les causes sont multiples : lacunes dans la méthodologie de collecte des données, décisions fondées sur des informations incomplètes, fonds insuffisants malgré des annonces d’augmentation des enveloppes, projets secondaires qui passent devant des priorités critiques, projets à l’arrêt dont la réalisation semble compromise… Sans réforme majeure de notre approche, la facture s’alourdira encore davantage, alors que la qualité des services et la sécurité du public en pâtiront.

Notre équipe conclut actuellement sa démarche par une étude de balisage afin de recenser les meilleures pratiques ayant cours ailleurs au Canada et à l’international, dont le Québec pourra s’inspirer. Nos recommandations seront dévoilées au début de 2026. Une chose est claire : l’heure est à revoir en profondeur nos façons de faire.

Quand tout s’accélère

La dégradation des infrastructures suit une courbe non linéaire : après une lente détérioration, elle s’accélère brutalement. Le rapport du VGQ indique que l’ampleur de ce phénomène est nettement sous-estimée. Plus l’on attend, plus les dommages seront importants, et plus les travaux deviendront urgents, complexes et coûteux, parfois même au point d’exiger le remplacement complet d’une infrastructure. Le Québec doit se doter d’une approche transparente, structurée et rigoureuse, et se donner les moyens de ses ambitions pour juguler la crise.

L’Ordre des ingénieurs du Québec souhaite que le rapport du Vérificateur général du Québec trouve des oreilles attentives au sein du gouvernement, mais aussi de l’ensemble de la société québécoise. Il faut agir maintenant pour éviter un gouffre qui ne cessera de se creuser. Il en va de la pérennité de nos actifs publics et de l’équité envers les générations futures. Autrement, elles en paieront le prix. Et cher.

Sophie Larivière-Mantha, ing., MBA, ASC, présidente de l’Ordre des ingénieurs du Québec

Pour en savoir plus :

Consultez le dossier de l’Ordre sur les infrastructures

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