8 septembre 2026

Imageur tep à ultra-haute résolution : une innovation qui repousse les limites de l’imagerie cérébrale

Une équipe québécoise a développé un appareil d’imagerie cérébrale novateur qui aidera à mieux comprendre et à diagnostiquer les maladies neurodégénératives, comme l’Alzheimer. Cette innovation est lauréate 2026 du prix Honoris Genius – Innovation technologique de l’Ordre des ingénieurs du Québec.

Par : Emmanuelle Gril, journaliste.

Le cerveau est un organe extrêmement complexe, dont certains mécanismes demeurent difficiles à saisir avec précision. Il renferme une multitude de structures très fines, dont l’observation exige des outils d’imagerie d’une grande précision. Bien que très performants, les appareils actuellement commercialisés ne permettent pas de visualiser les structures sous-corticales où la maladie d’Alzheimer prendrait naissance. Mais une équipe composée d’une cinquantaine de personnes, issue de l’écosystème technologique de Sherbrooke, a réalisé une véritable prouesse en développant un imageur TEP à ultra-haute résolution précisément conçu pour le cerveau humain. Cette première mondiale pourrait, à terme, ouvrir des perspectives prometteuses pour faire progresser les connaissances sur les maladies neurodégénératives et en améliorer le dépistage.

Carte tridimensionnelle lumineuse

L’imageur TEP à ultra-haute résolution est le fruit du savoir-faire d’ingénieures et d’ingénieurs, de scientifiques et d’entreprises québécoises qui ont mis leur expertise en commun pour développer cet équipement de pointe. Il s’agit d’un véritable tour de force dans un univers où des multinationales comme Siemens, GE et Philips dominent le marché.

La tomographie par émission de positon (TEP) est une technique d’imagerie qui repose sur l’injection, chez un patient, d’un produit radiopharmaceutique composé d’un isotope radioactif et d’un vecteur ciblant un processus métabolique.
Jean-François Beaudoin, ing., ingénieur de recherche au Centre de recherche du centre hospitalier Universitaire de Sherbrooke (CRCHUS)

Après l’injection, le patient devient, pendant quelques heures, une constellation vivante de lumières : des millions d’étincelles naissent chaque seconde lorsque l’antimatière rencontre la matière, puis s’échappent du corps. Leur concentration est plus importante dans les cellules ayant une affinité avec le produit radiopharmaceutique.

Cette lumière, invisible à l’œil nu, correspond à un rayonnement gamma. Grâce à son anneau composé d’une centaine de milliers de pixels détecteurs à base d’un matériau scintillant et dense, l’imageur peut capter ces émissions de lumière et la rendre visible. Par la suite, l’électronique encode leur position et leur temps d’arrivée, et un algorithme transforme tous les événements enregistrés en une carte tridimensionnelle de la distribution de lumière dans le corps. Cette image est finalement interprétée par un médecin nucléiste, qui peut s’en servir pour établir son diagnostic. La principale avancée tient à la résolution spatiale, huit fois supérieure à celle des appareils actuels. Composé de plus de 129 000 pixels de détection répartis autour de la tête, l’imageur peut visualiser des structures sous-corticales d’à peine 1,25 millimètre. Il a même permis de découvrir, dans le cervelet, de minuscules structures dont on ne connaissait pas l’existence jusque-là.

Je donne souvent l’exemple suivant : les imageurs actuels permettent de détecter un élément de la taille d’un bleuet. Notre imageur a la capacité de visualiser un grain de couscous. C’est aussi la première fois que l’on réussit à identifier le noyau du cortex cérébral de façon très précise.
Jonathan Bouchard, ing., concepteur électronique principal du projet

Pour en arriver là, il a toutefois fallu des années de travaux de recherche afin de relever les nombreux défis technologiques que représente la mise au point d’un tel imageur. Mais le jeu en valait la chandelle puisque sa conception modulaire, sa faible consommation énergétique et sa durabilité en font un outil exceptionnel pour l’étude des maladies neurodégénératives.

 

Un tournant décisif pour la maladie d’Alzheimer

Les maladies neurodégénératives, notamment l’Alzheimer, comportent encore de larges zones d’ombre. L’imageur TEP à ultra-haute résolution pourrait contribuer à les éclairer en fournissant des images d’une précision jusqu’ici inégalée.

Cet extraordinaire outil de recherche ouvre de vastes perspectives. Il pourrait notamment aider à déterminer si l’accumulation de protéines tau est une conséquence ou une cause de la maladie, à visualiser les effets d’un traitement et à en mesurer l’efficacité, voire à soutenir le développement de nouvelles applications cliniques.

Ces images fourniront des renseignements d’une grande richesse aux médecins nucléistes, qui devront toutefois apprendre à les interpréter et s’adapter à une résolution offrant ce degré de détail.

Examen des processus métaboliques

Bien qu’un imageur TEP puisse produire des images donnant de l’information anatomique sur la structure du corps, il excelle surtout dans l’examen des processus métaboliques. Ainsi, il est possible d’évaluer la santé du muscle cardiaque ou encore de déceler la présence de tumeurs dans l’organisme du patient. Grâce à son niveau supérieur de détail, l’imageur créé par l’équipe de Sherbrooke permettra de mesurer avec précision une tumeur au cerveau, ce qui facilitera le travail des neurochirurgiens lorsqu’ils la retireront, et limtera les effets sur cet organe.

Avec notre imageur, il est également possible de localiser et de mesurer certaines anomalies neurodégénératives, comme la maladie d’Alzheimer.
Réjean Fontaine, ing., professeur-chercheur au département de génie électrique et de génie informatique de l’Université de Sherbrooke

Enfin, rappelons que, de façon générale, les imageurs constituent un précieux composant de l’arsenal de la médecine nucléaire. Ce sont de véritables boîtes à outils, puisqu’en changeant simplement le vecteur et l’isotope selon les besoins, ils sont susceptibles de répondre à de nombreux objectifs diagnostiques, thérapeutiques et de recherche. La découverte de nouvelles molécules radiopharmaceutiques ouvrira aussi la voie à d’autres types d’examens et traitements, des avancées dont l’imageur TEP à ultra-haute résolution pourra aussi profiter.

 

Quelques données clés

L’imageur TEP à ultra-haute résolution compte 129 024 pixels de détection.

Il peut détecter des structures aussi petites que 1,25 mm, comparativement à 4-8 mm pour les appareils actuellement sur le marché.

L’imageur a une puissance de 4000 watts.

En 2024, 8,7 % des personnes de plus de 65 ans vivant au Canada sont atteintes d’au moins un trouble neurocognitif.

Chaque jour, les troubles neurocognitifs touchent 414 personnes de plus au pays, soit plus de 17 personnes chaque heure.

D’ici 2030, le Canada pourrait connaître une hausse de 51 % du nombre annuel de nouveaux cas par rapport à 2020.

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