Au cœur des étoiles
Cet article s’inscrit dans la collection « PRATIQUE EXEMPLAIRE ».
Par Gabrielle Anctil, journaliste.
Isabelle Tremblay est tombée dans la potion magique de l’ingénierie lorsqu’elle était toute petite. Aujourd’hui directrice de l’infrastructure spatiale à l’Agence spatiale canadienne, elle garde de précieux souvenirs d’une enfance où la curiosité et l’amour des sciences faisaient partie de son quotidien. « Mon père était ingénieur en haute puissance, offre-t-elle en guise d’explication. J’avais l’impression qu’il pouvait répondre à toutes mes questions ! Il m’a aussi beaucoup inspirée en me montrant à quel point la capacité de traduire les connaissances scientifiques en innovations permettait d’améliorer la vie de tout le monde. »
En plus de son intérêt pour l’ingénierie, elle hérite de sa mère enseignante un profond attachement à l’apprentissage. Très jeune, Isabelle dévore les magazines sur l’espace et regarde vers les étoiles avec émerveillement. « Toute petite, j’ai vu le lancement des sondes Voyager, se remémore-t-elle. Je lisais des livres sur les planètes, sur l’exploration spatiale. »
En 1990, lors de la création de l’Agence spatiale canadienne, Isabelle Tremblay est sur le point d’entrer à l’université. « Ça m’a marquée, affirme-t-elle. Une carrière dans le domaine devenait tout à coup possible, et c’est devenu mon objectif. C’était comme viser la NASA ! » Ses résultats scolaires lui ouvrant toutes les portes, elle décide d’emprunter la voie de l’ingénierie et s’inscrit en génie aérospatial à Polytechnique Montréal.
De Jonquière à l’espace
Pendant ses études, la future ingénieure profite des étés pour faire des stages, notamment au sein de la firme de génie-conseil Hatch. Elle s’y voit ouvrir un poste au sortir de l’université, qu’elle occupera pendant deux ans. Son regard demeure tourné vers l’espace et elle se retrouve rapidement de nouveau sur les bancs de l’école, cette fois-ci pour une maîtrise en aérospatiale. Un stage lui permet enfin d’entrer à l’Agence spatiale canadienne. « Je ne voulais pas nécessairement y faire carrière, confie-t-elle. Je souhaitais plutôt avoir une vue d’ensemble du domaine pour décider de ma spécialisation. » Elle se joint à un groupe de recherche et de développement en robotique. « J’étais absolument ravie, je trouvais ça fascinant », se souvient-elle. Puis, une occasion unique se présente à elle : un poste s’ouvre, ce qui lui permet de faire officiellement partie de l’Agence. Vingt-sept ans plus tard, elle y est encore.
Ce n’était qu’un tremplin : « Quand l’Agence spatiale s’est mise à parler de contribuer à une mission vers Mars, je voulais être certaine de faire partie du projet. » C’était son rêve de jeune fille, après tout. Elle parvient à se tailler une place dans la mission Phoenix qui, en 2008, pose une sonde spatiale du même nom sur la planète rouge. « C’était la première fois que le Canada contribuait à une mission martienne », s’enorgueillit l’ingénieure.
Son expertise s’affinant, elle prend ensuite la tête de l’équipe technique qui travaille au développement du télescope James Webb. « C’était l’occasion d’assumer un rôle de leadership, résume-t-elle. J’ai pu être l’ingénieure principale pour la contribution du Canada au sein d’une grande équipe internationale. » Après la livraison du projet, elle se joint à la mission de la Constellation RADARSAT à laquelle elle contribue encore aujourd’hui.
« Contribuer à l’avancement de la société par la science et la technologie m’appelle depuis que je suis jeune, et c’est encore ma mission aujourd’hui. »
Isabelle Tremblay, ing., directrice excécutive de l’infrastructure spatiale à l’Agence spatiale canadienne.
Pour le mieux-être de la société
Pour le mieux-être de la société
Au fil des projets, une constante demeure : sa passion pour l’ingénierie. « Contribuer à l’avancement de la société par la science et la technologie m’appelle depuis que je suis jeune, et c’est encore ma mission aujourd’hui », souligne-t-elle avec ferveur. Le défi intellectuel et l’occasion de travailler au sein de grandes équipes la motivent particulièrement. « Travailler avec les gens vers un objectif commun, envisager un scénario futur et un avenir prometteur, j’adore ça. »
Outre sa carrière à l’Agence spatiale canadienne, l’ingénieure considère qu’il est essentiel pour elle de redonner aux communautés qui ont contribué à la façonner. Elle s’est tour à tour impliquée au sein du comité de programmation du Centre des sciences de Montréal lors de son ouverture, au CA de l’Ordre des ingénieurs du Québec puis, plus récemment, auprès de l’organisme Technoscience Région métropolitaine. Elle souhaite particulièrement encourager la présence des jeunes femmes et filles dans son domaine : « Il n’y a pas de raison qui justifie le fait qu’elles ne représentent pas la moitié des ingénieurs, martèle-t-elle. On est 50 % à vivre dans ce monde, on devrait être 50 % à contribuer à le bâtir ! »
La motivation n’est pas ce qui manque à Isabelle Tremblay, qui a toujours la flamme de l’ingénierie. « J’ai choisi le génie parce que les ingénieurs sont partout. Quand on regarde autour de nous, presque rien n’échappe au travail des ingénieurs. La profession a une influence réelle et ça m’a interpellée. » Une influence, elle en a certainement une, sur terre et au-delà.
SON PARCOURS EN QUELQUES DATES
1995 Baccalauréat en génie mécanique à Polytechnique Montréal.
Début de carrière à la firme de génie-conseil Hatch.
1997 Agence spatiale canadienne comme stagiaire, réorientant sa carrière vers le spatial.
2003 à 2008 Mission Phoenix de la NASA (ingénieure principale pour la contribution du Canada).
2007 Ingénieure principale pour la contribution canadienne au télescope spatial James Webb (projet phare de collaboration internationale).
2012 à 2015 Membre du CA de l’Ordre des ingénieurs du Québec.
2017 Directrice du programme des vols spatiaux habités du Canada.
2022 Directrice exécutive de l’infrastructure spatiale à l’Agence spatiale canadienne.
2025 Grand prix d’excellence de l’Ordre des ingénieurs du Québec.
Les grands projets d’Isabelle Tremblay, ing.
L’ingénieure a eu l’occasion de travailler sur de nombreux projets d’envergure depuis ses débuts à l’Agence spatiale canadienne. En voici quelques-uns.
Sonde Phoenix : Arrivée sur Mars en 2008, la sonde était équipée d’une station météorologique de conception canadienne. L’appareil a permis de recueillir des données sur la température et la pression atmosphérique sur Mars, et a aussi sondé les nuages, le brouillard et la poussière de la basse atmosphère martienne. C’est d’ailleurs grâce à lui qu’il a été possible de confirmer la présence de neige sur Mars.

Télescope James Webb : Lancé en 2021, le télescope spatial James Webb permet l’observation par infrarouge. Le Canada a contribué au projet en fournissant un instrument d’observation, un imageur et un spectrographe sans fente dans le proche infrarouge (NIRISS), ainsi qu’un appareil de guidage de précision (FGS). Ces dispositifs permettent de cibler les points d’intérêt et d’étudier divers types de corps célestes, comme les exoplanètes.

Constellation RADARSAT : Trois satellites identiques balaient la Terre jour et nuit pour obtenir des données sur le territoire canadien, notamment sur l’environnement. En cas de catastrophe naturelle, comme des inondations ou des glissements de terrain, leurs données peuvent contribuer à sauver des vies.

Santé dans l’espace : Les recherches sur la microgravité aident à comprendre les effets accélérés du vieillissement sur le corps humain. L’espace constitue un laboratoire unique pour étudier la longévité humaine et l’espérance de vie en santé de manière accélérée, car la microgravité provoque en quelques mois un déclin physiologique comparable à celui de 10 à 20 ans de vieillissement sur Terre. Les recherches menées dans l’espace permettent ainsi d’améliorer la santé humaine, tant pour les missions spatiales que pour les populations sur Terre, notamment dans les régions éloignées.
Retrouvez tous les articles dans la revue PLAN d’Automne 2025
