Intégrer l’action climatique dans la gouvernance des projets
À l’heure actuelle, hormis certains secteurs en particulier, l’intégration des critères environnementaux à la gouvernance des projets demeure facultative. Les choses évoluent toutefois rapidement. À moyen terme, cette pratique pourrait devenir obligatoire.
Intégrer avec diligence
De l’avis de Julie Hardy, associée et directrice du développement durable à CIMA+, ces critères devraient d’ores et déjà être utilisés systématiquement pour tous les projets, de la même façon qu’on le fait avec les échéanciers, les coûts ou les performances techniques. Le potentiel et la capacité d’influence des membres de la profession auprès des clients en font d’ailleurs des acteurs clés dans l’adaptation aux changements climatiques.
Pour sa part, Jean-Michel Champagne, directeur de projets pour les changements climatiques chez Stantec et enseignant à HEC Montréal, estime que l’on ne peut plus attendre et qu’il faut agir avec diligence dès maintenant. « Le rôle de l’ingénieur consiste non seulement à expliquer de quelle façon le projet comme tel risque d’être affecté par les changements climatiques, mais aussi quel sera l’impact de ces derniers sur tout l’écosystème », souligne-t-il. Par exemple, un bâtiment peut être conçu pour résister aux aléas climatiques, mais si ses accès sont impraticables lors d’une crue, sa résilience demeure théorique.
Par ailleurs, les pratiques établies n’étant pas encore homogènes, les ingénieures et ingénieurs pourraient y trouver une belle occasion de se doter d’un langage commun et universel applicable à l’ensemble des projets et des secteurs d’activités.
Le rôle de l’ingénieur consiste non seulement à expliquer de quelle façon le projet comme tel risque d’être affecté par les changements climatiques, mais aussi quel sera l’impact de ces derniers sur tout l’écosystème.
Guide 101 pour intégrer le climat dans la gouvernance de projet
Voici quelques grandes lignes à respecter pour faire de l’action climatique un élément clé dans la gouvernance :
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Travailler en collaboration avec les différentes parties prenantes, éviter le travail en silo.
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Se doter d’un langage universel applicable aux différents secteurs et champs d’activités.
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Adopter une démarche multidisciplinaire.
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Consulter des experts dans différents domaines et miser sur une équipe diversifiée.
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Évaluer la valeur ajoutée inhérente à un ouvrage résilient.
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Penser le cycle de vie (ne pas se limiter aux phases de conception et de construction).
Penser le cycle de vie du projet
L’action climatique doit être envisagée sur toute la durée de vie du projet. Il faut non seulement réfléchir aux mesures d’adaptation requises lors de la conception et de la construction, mais aussi pendant toute la durée de vie de l’ouvrage. Cette façon de faire répond aux défis d’aujourd’hui tout en préparant les projets à ceux qui émergeront demain.
Les projections climatiques se révéleront alors très utiles. Dans le bâtiment, ces données aideront notamment à concevoir des systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation adaptés, à améliorer la performance des enveloppes, ainsi qu’à établir une stratégie efficace de gestion des eaux pluviales.
« L’objectif est de réaliser une analyse de la résilience climatique intégrant l’évaluation des vulnérabilités et des risques de tous les composants de l’infrastructure, et ce, dans une perspective à court, moyen et long terme, sur toute la durée de vie », indique Julie Hardy. Il faudra aussi considérer la hausse potentielle des coûts d’entretien de l’ouvrage sous l’effet des changements climatiques.
Un investissement initial plus élevé peut alors se révéler judicieux s’il améliore la durabilité et la résilience et limite les coûts à long terme.
Les émissions de carbone doivent aussi faire partie du calcul. Déjà présente dans le bâtiment, notamment avec les certifications LEED, cette préoccupation s’étend progressivement aux infrastructures. À ce chapitre, ingénieures et ingénieurs peuvent proposer des mesures d’atténuation des émissions de gaz à eet de serre, par exemple en recommandant des matériaux à plus faible empreinte carbone et des stratégies favorisant l’efficacité énergétique. Cette approche peut même procurer un avantage concurrentiel puisque les plans de décarbonation et la construction de bâtiments verts, notamment, peuvent donner accès à des subventions.
L’objectif est de réaliser une analyse de la résilience climatique intégrant l’évaluation des vulnérabilités et des risques de tous les composants de l’infrastructure, et ce, dans une perspective à court, moyen et long terme, sur toute la durée de vie.
Agents de changement
Dans ce contexte, les membres de la profession peuvent jouer un rôle de liaison entre les disciplines du génie ainsi que les autres professions et agir comme agents de changement. Construire pour les générations futures nécessite toutefois de travailler en étroite collaboration avec les différents corps de métier et experts présents tout au long de la chaîne de valeur.
Ce travail d’équipe suppose que les partenaires partagent les meilleures pratiques et outils, même lorsqu’ils évoluent dans un contexte concurrentiel. C’est le principe de la « coopétition » (mot-valise fusionnant coopération et compétition), une démarche que préconise Jean-Michel Champagne devant la complexité des enjeux climatiques.
Enfin, la connaissance et la compréhension de l’écosystème social et humain entourant le projet est un autre élément essentiel à sa réussite. Parce que l’acceptabilité sociale est précieuse et ne peut s’acheter. S’assurer de faire bon ménage avec sa communauté est un incontournable.
Le Baromètre de l’action climatique de l’Ordre
En 2025, l’Ordre des ingénieurs du Québec a publié son premier Baromètre de l’action climatique. Élaboré d’après une étude réalisée auprès de ses membres, il envoie un signal positif : une vaste majorité d’ingénieures, d’ingénieurs et de CPI affirment vouloir contribuer à l’action climatique dans leur pratique professionnelle.
Les données recueillies ont permis de dégager six profils d’engagement environnemental. Ainsi, 40 % des membres et CPI se trouvent dans des segments déjà engagés (Catalyseurs de changement et Adeptes à l’élan freiné), alors que 41 % présentent un fort potentiel d’évolution (Idéalistes en manque d’outils et Volontaires en apprentissage). La relève se distingue tout particulièrement puisque les CPI affichent une volonté claire de s’engager de façon concrète et durable. Enfin, les Pragmatiques ne représentent que 11 % des personnes sondées, et les Réfractaires, seulement 8 %.
Le Baromètre se veut un point de départ qui, ultimement, aidera l’Ordre à déployer des moyens concrets afin d’outiller et d’accompagner ses membres en fonction de leurs besoins.
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