15 octobre 2026

Quand l’énergie se répartit intelligemment

N’ajustez pas votre thermostat, car au Royalmount, une boucle énergétique de cinquième génération permet de récupérer et de redistribuer la chaleur entre les bâtiments à l’échelle d’un quartier. La double boucle de transfert d’énergie du centre commercial Royalmount est d’ailleurs le projet lauréat 2026 du prix Honoris Genius « Projet d’ingénierie » de l’Ordre des ingénieurs du Québec.

Par : Gabrielle Anctil, journaliste.

Si vous rêvez de voir les boucles de transfert d’énergie se multiplier, ne retenez pas votre souffle : « Ça fait 11 ans qu’on parle de l’idée au promoteur de Royalmount! » s’exclame l’ingénieur Maxime Boisclair, directeur du développement durable chez gbi, la firme de génie principale de ce projet. Si, aujourdhui, cette technologie suscite un engouement indéniable et que la boucle qui garde le centre commercial montréalais bien au chaud a vu le jour, c’est grâce à la patience du consultant. « Il a fallu préparer le terrain, convaincre tous les acteurs impliqués. L’industrie de la construction est remplie de paradigmes, de réflexes. Si on dévie, il faut le justifier. »

La patience et la persévérance de l’équipe de gbi ont porté leurs fruits. Aujourd’hui, la première phase de la boucle de transfert d’énergie, longue de deux kilomètres, se nourrit à 21 % de thermopompes qui fonctionnent à l’électricité et qui récupèrent la chaleur dans les bâtiments, le reste provenant de la géothermie (74 %), de chaudières électriques (3 %) et de chaudières au gaz naturel (2 %).

Pour parvenir à ce résultat, il aura fallu faire preuve d’ingéniosité technique et d’une grande capacité de vulgarisation.

Clarifier le génie

« Le projet nous a fait réaliser à quel point il est important que nous soyons impliqués en amont », constate l’ingénieur Olivier Pelletier, directeur de projet pour le consortium de mécanique électrique chez gbi. Car pour avoir des ambitions de ce type, il faut avoir le temps de mener des évaluations rigoureuses et de chiffrer les économies d’énergie, les coûts et la rentabilité. Résultat? « Le projet de boucle était tellement solide qu’il a survécu à toutes les séances d’ingénierie de la valeur », se réjouit le directeur.

Pour les deux collègues, le défi principal n’était cependant pas technique. « Il fallait réussir à convaincre tout le monde », résume Maxime Boisclair. « Les autres professionnels, les gens des finances, de la comptabilité. Même les personnes chargées de négocier les baux avec les futurs locataires », énumère-t-il, soulignant l’importance de trouver les termes adaptés à chaque public. « Nous, les ingénieurs, on est capables d’expliquer les aspects techniques d’un projet, de donner des chiffres. Mais quand on parle à la personne responsable du financement, on ne peut pas se limiter à ça. »

Le projet nous a fait réaliser à quel point il est important que nous soyons impliqués en amont.
Olivier Pelletier, ing., directeur de projet pour le consortium de mécanique électrique chez gbi

C’est tiède !

Les caractéristiques techniques de la boucle suscitent tout de même la fierté chez les deux consultants. Deux tuyaux transportant de l’eau tiède et reliés à plusieurs centrales thermiques placées à des endroits stratégiques permettent de maintenir l’eau entre 60 et 100 degrés Fahrenheit. « On va chercher la chaleur là où elle est et on l’amène là où on en a besoin », explique Maxime Boisclair, ajoutant que ce transfert peut se faire à l’échelle globale des bâtiments, mais aussi à l’intérieur d’un même secteur.

Cette conception correspond aux boucles énergétiques de cinquième génération.
 « Dans les boucles de quatrième génération, on a une seule grosse centrale et un réseau contenant de l’eau très chaude et de l’eau très froide qui exige que les tuyaux soient isolés », décrit le directeur. À Royalmount, pas de problème de condensation ni de perte d’énergie. La conception est aussi suffisamment flexible pour permettre des raccords aux phases subséquentes de la construction.

« Si une façade exposée au soleil a besoin de climatisation, on peut aller puiser dans un secteur où le soleil tape moins », illustre Maxime Boisclair. Des thermopompes placées à intervalles réguliers permettent les échanges de température entre chaque zone et l’eau circulant dans l’un des deux tuyaux, grâce à quoi on peut choisir le chemin le plus direct pour transférer la chaleur au bon endroit. Si le projet est encore trop jeune pour qu’on puisse en chiffrer les résultats, Maxime Boisclair se réjouit déjà de l’expertise acquise pour cette initiative « 100 québécoise, mais d’envergure mondiale ».